Régulièrement, l'Espagne revient dans ma vie. C'est ainsi. De temps en temps, j'ai besoin de ma dose de péninsule ibérique : de sa cuisine, de ses saveurs, de son rythme de vie, de son soleil, de
sa langue. C'est un rapport presque charnel et assez inexplicable. J'ai toujours aimé ce pays et ce qu'il véhicule, jusqu'aux clichés les plus éculés. Alors quand j'ai l'occasion de m'offrir un
petit voyage en Espagne, même un voyage symbolique, je ne m'en prive pas. Samedi dernier, à l'occasion d'une soirée organisée pour un ami madrilène expatrié, j'ai eu l'idée de tester
Fogon, le restaurant récemment étoilé du chef Alberto Herraiz. Un bon moyen de s'offrir une parenthèse espagnole à Paris, à défaut de prendre le premier avion.
Fogon n'a rien du bar à tapas traditionnel, avec les jambons qui pendent au plafond et les affiches de corrida sur le mur. C'est un restaurant assez haut de gamme, qui propose une cuisine
d'influence espagnole mais plus "gastro" que bistrot, avec un décor moderne et une ambiance feutrée - on n'est pas vraiment dans une
bodega. D'emblée, on est plutôt séduit par le confort
des banquettes, l'amabilité des serveurs, et les petits détails qui font mouche - comme le tiroir dans la table pour prendre ses couverts. Sur la carte, une courte sélection de vins, des tapas, et
deux menus à sélectionner. Nous optons pour le menu "riz" à 44 euros. On nous apporte, en amuse-bouche, de petits gazpachos à l'amande et à la rucola. Puis vient un assortiment de tapas du jour. On
est loin de la tortilla et du
pan con tomate : ce soir, c'est chinchard sauce raifort, salade de mesclun et pressé de boeuf, et croquette de légumes avec une sauce tomate légèrement
relevée. Pour faire bonne mesure, nous décidons de commander, en supplément, une assiette de
pata negra. Les tapas sont extra frais, savoureux, légers ; le jambon (le meilleur du monde si
vous voulez mon avis) est fondant et parfumé. C'est un régal. Pour le plat de résistance, nous devons nous mettre d'accord sur un riz à partager à trois. Nous optons pour du riz noir à l'encre de
seiche (on peut également choisir un riz "classique" à la valencienne ou un riz au jambon iberico, entre autres), qui se révèlera un excellent choix : dans un grand plat à paella que l'on nous pose
sur la table, le riz nous appelle telle une chaude nuit d'été. L'encre est bien présente mais jamais écoeurante, quelques morceaux de seiche viennent se glisser sous la fourchette, le riz est
parfaitement cuit et d'excellente qualité. Verdict : on termine le plat, forcément, même si l'on n'a plus faim ! En dessert, tandis que mes compagnons s'essaient à un assortiment de tapas sucrés,
je reste classique et choisis un délicieux
manchego accompagné de pâte de coing. Le tout accompagné d'un
Anima Negra, vin rouge de Majorque à la personnalité corsée, très
ibérique. Trois cafés pour terminer en beauté, et nous laissons tranquillement s'étirer la fin de soirée... Le silence est revenu dans le restaurant et un air de guitare se fait enfin entendre.
Nous sommes les derniers clients. Il faut dire que l'on avait réservé à 22h30 : samedi dernier, à Paris, c'était vraiment l'Espagne.
Demain matin, je pars en Espagne, pour de vrai cette fois. Direction San Sebastian pour l'enterrement de vie de garçon de mon plus vieil ami. Vous voyez, l'Espagne, on y revient toujours.
45 quai des Grands Augustins, Paris VI, M° Saint-Michel. 01 43 54 31 33. Site web