C'est toujours un peu délicat de tourner une page. De tourner le dos à un projet dans lequel on s'est investi pendant plusieurs années ; auquel on a consacré du temps, de l'énergie, des idées ;
pour lequel on a ravalé ses frustrations, ses aspirations, son orgueil parfois. C'est toujours déstabilisant de ne plus avoir la routine confortable du 9h-19h, de ne plus avoir ses repères
quotidiens (la machine à café, les réunions et les déjeuners, les coups de gueule et les coups de speed, les collègues avec leurs humeurs et leurs bons côtés...) Mais la vie est ainsi faite, et
parfois, il faut tourner la page pour pouvoir en écrire d'autres, de plus belles, de plus libres.
Après deux ans et demi à la tête de la rédaction d'un site web généraliste, je reprends ma liberté. Un peu contraint et forcé, certes, mais pas vraiment déçu par ma sortie. Le projet continue, sans
moi... Jusqu'où ira-t-il ? Réussira-t-il enfin à décoller ? J'y garderai un oeil, mais ce n'est plus tellement mon problème. Arrivé sur le projet en mars 2007, avec mon bagage de journaliste et
rédacteur en chef pour d'autres sites ou groupes de presse, je savais que je m'engageais dans une start-up, avec ce que cela supposait d'incertitudes économiques, de tâtonnements stratégiques et
d'à-peu-près dans la gestion des ressources humaines. J'étais loin d'imaginer le nombre de couleuvres que j'allais devoir avaler. J'étais loin de penser que j'allais devoir me battre chaque jour
pour défendre ma marge de manoeuvre, pour défendre les intérêts de mes collègues, de mes pigistes, l'intérêt de ma profession, tout simplement. Un jour peut-être, il faudra que j'écrive un bouquin
à partir des anecdotes délirantes que j'ai pu réunir au fil des mois... La plupart du temps, elles font rire. Parfois, elles font frémir.
Heureusement, pour me prémunir des effets pervers d'un job aussi envahissant et stressant, j'ai réussi à préserver l'essentiel : ma vie privée, ma vie de famille, et mes projets personnels. Durant
ces deux ans, je n'ai jamais cessé de poursuivre, en parallèle, mes activités d'auteur indépendant - piges, scenarii, livres. Au fil du temps, j'en suis venu à m'épanouir davantage dans ces
"à-côtés" que dans mes responsabilités premières. Et j'en suis arrivé à la conclusion suivante : il est temps de passer à autre chose. Les jobs de "rédacteur en chef" qui n'ont de rédacteur en chef
que le nom, dans des structures qui ne sont pas vraiment des organes de presse, où l'on n'a finalement qu'un maigre pouvoir de décision, où l'on est toujours entre le marteau et l'enclume, où l'on
est obligé d'appliquer des consignes que l'on désapprouve, c'est fini pour moi. Pour l'instant du moins - jusqu'à ce que j'ai pris un peu plus de bouteille, jusquà ce que d'autres opportunités se
présentent. Désormais, mon quotidien, ce sera écrire. Ecrire par passion, par plaisir, pour gagner ma vie, parce que c'est ce que je fais de mieux, depuis toujours. J'ai le clavier qui me démange,
la tête pleine d'idées et de projets, je déborde d'envie, de curiosité, de liberté. Il va falloir de la détermination, de l'organisation aussi, pour tout mener de front. Mais le champ des possibles
est grand ouvert, il s'offre à moi : ça commence aujourd'hui.
Je retiens néanmoins de ces deux années qu'elles m'ont permis d'ajouter de nouvelles cordes à mon arc, qu'elles m'ont permis d'en apprendre beaucoup sur le web et ses rouages, de parfaire mon
expérience journalistique en touchant une vaste gamme de sujets - de la nutrition aux pratiques sexuelles les plus audacieuses, du voyage à la gastronomie, de la psycho au sport, du high tech à la
déco. Ces années m'ont surtout permis de faire de belles rencontres : des collègues auxquels je me suis sincèrement attaché, de vraies et belles personnalités avec lesquelles je continuerai à faire
un bout de chemin ; et d'autres collaborateurs, pigistes, chroniqueurs, blogueurs, attaché(e)s de presse, photographes et experts de tout poil dont je suis heureux d'avoir pu croiser la route.
J'espère avoir le plaisir de travailler de nouveau avec eux, sous de meilleurs auspices.