
Jean-Claude Van Damme a ses fans. Je ne parle pas de ceux qui se moquent de ses élucubrations médiatiques et s'envoient les mp3 de ses aphorismes sur les cacahuètes, la drogue ou l'existence de
Dieu. Non, il a de vrais fans, authentiques amateurs de films d'action, qui depuis une vingtaine d'années vouent un véritable culte à ce
self made man bruxellois qui a fait du grand écart
facial et du coup de pied retourné sa marque de fabrique.
Autant l'avouer, je ne fais pas partie de la clique. Depuis que j'ai vu
Cyborg sur Canal +, lors d'un après-midi de désoeuvrement adolescent, j'ai plutôt classé l'acteur dans la catégorie
des abonnés aux nanars. De fait, malgré un "pic de carrière" au début des années 90 grâce aux inoubliables
Universal Soldier, Timecop et
Chasse à l'Homme, Van Damme n'a jamais
réussi à se départir de son image de star "bis", avec beaucoup de muscles mais pas beaucoup de talent. Ce qui s'est confirmé par la suite, sa filmographie accumulant les
actioners banals à
petit budget et sa vie privée prenant l'eau de toute part. Néanmoins, au fil des années, Van Damme a progressivement pris une dimension culte, autant grâce aux failles qu'il a laissées paraître (et
aux sorties de route qui allaient avec...) que grâce à ses quelques tentatives de rendre du lustre à sa carrière en tournant avec des réalisateurs en vue comme Tsui Hark ou Ringo Lam. Ces derniers
temps, l'acteur semble avoir pris la mesure de cette nouvelle dimension, comme en attestent ses tentatives d'autoparodie dans plusieurs publicités ou son apparition clin d'oeil dans un film comme
Narco.
JCVD marque en quelque sorte le point culminant de cette prise de conscience et de ce "Van Damme Revival". Un peu à la manière d'un
Last Action Hero passé à la moulinette de
l'émission
Strip-Tease, ce film de Mabrouk El Mechri permet à l'acteur d'incarner son propre rôle, ou plutôt une variation autour de ce que le grand public croit connaître de lui. Carrière
en panne, divorce laborieux, compte en banque vide, c'est un Van Damme aux abois que nous découvrons en début de film, qui retourne dans sa Belgique natale pour se ressourcer. Manque de bol, il va
se retrouver acteur principal d'une réelle prise d'otage dans un bureau de poste de la banlieue bruxelloise. Le vrai Jean-Claude va-t-il être à la hauteur du Van Damme de cinéma ?
Avec sa narration fragmentée, ses audaces stylistiques (apartés face caméra, film dans le film), ses clins d'oeil anecdotiques et ses arrangements avec la réalité,
JCVD brouille les pistes
et mélange les genres, alternant moments de comédie pure et instants de mise en abîme troublants, dans lesquels Van Damme semble se mettre à nu pour faire le bilan de sa vie tourmentée. Etonnant.
La réalisation est fluide, inventive, et malgré le côté parfois pesant de son image désaturée, le film réussit le pari de mêler ultraréalisme et fantaisie, tout en ajoutant une bonne dose de cet
"humour belge" si particulier, dont l'inénarrable François Damiens, en commissaire improbable, est le plus digne représentant. Bref, ce
JCVD est un drôle d'OVNI. Si vous êtes
aware, vous ne passerez pas à côté.
En salles depuis le 4 juin 2008.