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Vendredi 2 juin 2006


Cette année encore, je n'étais pas au Festival de Cannes. Mais j'en viens à me demander si je ne suis pas de toute façon un trop bon journaliste pour aller me commettre dans cette foire aux vanités (aigri ? réaliste ? mégalo ? fou furieux ? barrez les mentions inutiles)...
Quoiqu'il en soit, le Festival, je me le suis fait tout seul dans mon coin, dans les salles parisiennes, à la faveur des jours de pluie qui se sont succédés durant la quinzaine. Je suis donc allé au cinéma - un peu - juger sur pièces certaines des oeuvres en compétition sur la Croisette, et pas n'importe quoi, du lourd, des films à a pedigree, signés Almodovar, Coppola (la fille, pas le vigneron), Moretti.

Volver, c'est donc le dernier film d'Almodovar, deux ans après La Mauvaise Education. Ce qui frappe d'emblée à la vision de ce crû 2006, c'est la constante qualité des films du grand Pedro : cela fait maintenant quelques années qu'il ne se loupe jamais, affichant une créativité toujours renouvelée, sur le plan visuel, scénaristique ou sur le plan de la direction d'acteurs - je devrais dire d'actrices, d'ailleurs... On sait qu'Almodovar c'est LE cinéaste des femmes, celui qui est capable de les mettre dans les situations les plus délirantes tout en leur rendant un vibrant et interminable hommage. Cela se confirme dans Volver, film dont l'homme est banni, traité hors champ, évoqué hors champ, même tué hors champ. C'est un film de femmes, donc, où les femmes se suffisent à elles-mêmes, se débrouillent entre elles. Elles sont mères, filles, soeurs, amies, prostituées, mais jamais putains, toujours solidaires, courageuses et anti-conventionnelles, figures de proue d'une Espagne rêvée dont seul Almodovar a la clef. On retrouve les figures de style habituelles de Pedro (musique, zeste d'érotisme, intrigue à la limite du grand-guignol) et le même mélange savant d'irrévérence et d'émotion. Sans être son chef-d'oeuvre (Parle avec Elle reste indépassable), Volver est, encore une fois, une réussite. Et Penelope Cruz a des seins prodigieux.

Avec Marie-Antoinette, son troisième film, Sofia Coppola gagne définitivement ses galons d'auteur. On peut ne pas goûter son univers, mais force est d'admettre qu'il y a un fil rouge entre Virgin Suicides, Lost in Translation et ce dernier opus : une certaine mélancolie, une observation sur l'ennui, l'inadéquation, le désoeuvrement, la contemplation du monde qui nous entoure et dont on se sent déconnecté, une empathie envers les filles en apparence superficielles, pleines de courants d'air et pourtant plus profondes que leur entourage, une réflexion sur la fin de l'innocence, la tristesse qui affleure sous la fête, même chez les nantis. Encore une fois, on peut considérer que c'est du cinéma snob, bourgeois, du cinéma de fille à papa (ah, ah), mais c'est du cinéma d'auteur, à n'en pas douter. Bien que trop long de quinze bonnes minutes, Marie-Antoinette laisse une impression douce-amère, tout à fait singulière. Et Kirsten Dunst a des seins prodigieux.

Nanni Moretti est italien, et de gauche, et c'est aussi un cinéaste inimitable. C'est un peu le Woody Allen transalpin, un auteur-acteur intello et souvent rigolo, grave et burlesque, qui trimballe de film en film son narcissime assumé et son goût des ruptures de ton. La dernière fois qu'on était allé voir un Moretti, c'était La Chambre du Fils, mélo sublime et Palme d'or 2001. On le retrouve avec Le Caïman, film po-li-tique, ma bonne dame. Oui, on en fait encore en Italie (faudrait peut-être s'y mettre en France, d'ailleurs), même que celui-ci est sorti là-bas juste avant les dernières élections qui ont vu la déroute du Cavaliere. Et justement, Le Caïman s'en prend à Berlusconi, aux années Berlusconi qui durent quand même depuis trente ans, et s'en prend à cette Italie qui s'est laissée abrutir, pourrir par la télé, le foot et le fric. Film à tiroirs, ou plutôt en poupées gigognes, il a l'habileté de contourner son sujet - en mettant en scène un producteur de nanars au bord de la banqueroute qui, en plein marasme conjugual, va produire un film sur Berlusconi. Moretti contourne son sujet, donc, par des détours qui ne sont pas forcément passionnants hélas, mais pour mieux percuter, in fine. Malgré de sévères temps morts, les dernières séquences s'avèrent puissantes, et donnent à réfléchir. C'est déjà pas si mal. Et Moretti a un nez prodigieux.
par Kaplan publié dans : Le film
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Mardi 30 mai 2006
Lu en une heure ce week-end (à peu près aussi longtemps que son auteur a dû mettre pour l'écrire), Fier d'être Français, le dernier essai politique de Max Gallo, est un coup de gueule contre la culture de la dépréciation et de l'auto-flagellation qui sévit actuellement en France. Vraisemblablement torché sur le vif mais empreint d'un ras-le-bol qui ne date pas d'hier, cet ouvrage de l'écrivain / historien républicain stigmatise un pays qui s'oublie, qui a perdu confiance en lui-même, en son histoire et en ses valeurs, et qui peine à trouver sa place dans le concert de la mondialisation.

Au-delà du titre que je trouve assez mal choisi (en quoi devrait-on se montrer "fier" d'être français quand l'endroit où l'on naît n'est jamais qu'un hasard ? en quoi un Français devrait-il être plus "fier" qu'un Anglais, un Espagnol, un Sénégalais, un Japonais ou un Argentin ?), il y a du vrai dans le constat : la France est un pays en manque de repères, frileux, vieillissant, apeuré, visiblement à bout de souffle économiquement, socialement, politiquement, culturellement. Pis encore, la nation française, et avec elle tout son héritage, est de moins en moins respectée dans (et hors de) ses propres frontières.
Mais si je suis d'accord avec les symptômes, je réfute les causes avancées par l'auteur, qui voit dans le sentiment de déclin et dans l'auto-dénigrement français les effets des élites bien pensantes et du communautarisme galopant. C'est un peu court, même pour un coup de gueule. Résumer le déclin de la France à la lâcheté des dirigeants et aux problèmes d'intégration des populations immigrées, ça fait un peu café du commerce, et ça ne fait pas avancer le schmilblick.
Certes, on peut regretter le refus de nos dirigeants de commémorer Austerlitz, ou de célébrer les 400 ans de Corneille sous prétexte que sa famille possédait des esclaves, certes on doit condamner les excès du communautarisme sous toutes ses formes (pas plus tard que ce week-end, le visage grotesque de l'antisémitisme qui est venu s'afficher dans le Marais), certes on doit clamer haut et fort que pour survivre, la France doit s'accepter telle qu'elle est, diverse et multiple, avec ses erreurs et ses réussites, ses crimes et ses conquêtes. Certes, il faut défendre et préserver les idées républicaines, le patriotisme, la laïcité, la liberté, l'égalité, la fraternité, et il faut promouvoir ces idées auprrès de ceux qui n'y croient pas, ou plus.

Mais franchement, à l'heure où Le Pen est déjà à 10% dans les sondages (sans même avoir encore ouvert sa gueule), à l'heure où Sarkozy crée une nouvelle loi sur l'immigration comme si c'était vraiment la priorité des priorités pour relever le pays, monsieur Gallo est-il obligé de dire que tout va mal parce que les jeunes brûlent des voitures et parce qu'on ne chante plus la Marseillaise ? Le modèle républicain qu'il défend bec et ongles, tout respectable qu'il est, n'est-il pas susceptible d'être repensé, revigoré ? La France ne va-t-elle pas mal parce qu'elle a râté sa mutation sociale, politique et insitutionnelle, et non parce que les gens ne sont plus patriotes ? Alors oui, Clovis, Louis XIV, Napoléon et de Gaulle, il n'y a aucune raison de les piétiner, oui, il est absurde de résumer la France à l'esclavage, la guerre, le racisme et la colonisation... Mais il ne faut pas non plus insinuer que ses problèmes ne sont pas réels, et que si les petits gars des banlieues acceptaient de rentrer dans le rang comme jadis les Ritals ou les Pollacks et se mettaient à chanter la Marseillaise, tout serait résolu. Et plutôt que de tomber dans un travers trop commun à l'ensemble de ses compatriotes - pointer du doigt ce qui nous sépare -, Gallo devrait essayer de nous exhorter à chercher ce qui nous, Français, nous rassemble.

Bref, un livre intéressant, un livre utile, même, un an après le Référendum et un an avant les Présidentielles. Mais un livre un peu râleur, un peu cossard (surtout de la part d'un bourreau de travail comme Gallo), un livre très français, en somme. Toutefois, en bon érudit, l'auteur sait choisir ses citations, et je retiendrai celle-ci, d'un certain Charles de Gaulle :

"La France, c'est tout cela à la fois, c'est tous les Français. Ce n'est pas la gauche, la France ! Ce n'est pas la droite, la France ! Naturellement, les Français comme de tout temps ressentent en eux des courants. Il y a l'éternel courant du mouvement qui va aux réformes, qui va aux changements, qui est naturellement nécessaire, et puis il y a aussi un courant de l'ordre, de la règle, de la tradition, qui lui est aussi nécessaire. C'est avec tout cela qu'on fait la France. Prétendre faire la France avec une fraction, c'est une erreur grave, et prétendre représenter la France au nom d'une fraction, cela, c'est une erreur nationale impardonnable. [...] Je ne suis pas d'un côté, je ne suis pas de l'autre, je suis pour la France."
par Kaplan publié dans : Le livre
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Dimanche 28 mai 2006
Il y a des périodes comme ça où l'on ne se sent pas en veine d'écrire, de partager des impressions ou des idées, voire même de développer des idées... Mais avec l'été qui s'annonce et les nombreux événements qui ne devraient pas manquer de me (nous ?) tenir en haleine, Coupe du Monde, affaire Clearstream, Présidentielles de 2007, films, restos, fêtes, livres, job peut-être... Je pense que ce blog va reprendre quelques couleurs. Seront-elles à votre goût ?
par Kaplan publié dans : Ce que j'en dis...
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Jeudi 4 mai 2006
Ce sera la prison à vie, et non la peine de mort. Malgré l'hostilité des procureurs qui le comparaient à un chien enragé et malgré ses déclarations provocantes, Zacarias Moussaoui ne sera pas exécuté mais finira ses jours en incarcération, sans possibilité de remise de peine.

Cette décision du jury du tribunal fédéral d'Alexandria ne peut qu'être saluée. Les jurés ont résisté à la tentation de faire de Moussaoui le condamné "pour l'exemple" des attentats du 11 septembre, ils ont évité d'entretenir le ressentiment des fanatiques envers l'Amérique et de graisser ainsi un engrenage fatal. Ils ont surtout montré que l'Amérique des va-t-en guerre, l'Amérique de Bush et de la peine de mort, sait aussi parfois faire preuve de retenue et de discernement. C'est ce qui distingue la civilisation de la barbarie.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-768124@51-738152,0.html
par Kaplan publié dans : L'info
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Vendredi 28 avril 2006
Après la sécurité en 2002, l'immigration (et le choc des cultures) sera-t-elle au centre du débat pour la Présidentielle 2007 ? Alors que Nicolas Sarkozy semble durcir - ou droitiser - de plus en plus son discours, notammment en ce qui concerne les politiques d'immigration en France, quelle alternative la gauche a-t-elle à proposer ? Comment gérer les questions délicates de l'immigration économique, du droit d'asile, de la régularisation des clandestins ? La France, terre d'asile et patrie des droits de l'homme, est-elle compatible avec la France des sans-papiers, des inégalités et des quotas ? Peut-on garder sa porte ouverte aux étrangers alors que notre modèle social bat de l'aile et que la tentation du communautarisme nous guette de tous côtés ?

Début de réponse dans les pages de Libé, sous la plume de Martine Aubry, maire de Lille, et d'Adeline Halzan, déutée européenne. Je ne sais pas si leur vision est réaliste dans la France d'aujourd'hui, mais il est sûr que je préfère leur discours aux gesticulations du petit Nicolas.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=377841
par Kaplan publié dans : L'info
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Jeudi 20 avril 2006


Inépuisable Steven Spielberg ! Après son magistral coup double de 2006 (La Guerre des Mondes et Munich, réalisés coup sur coup), et en attendant de remettre le couvert avec un nouvel Indiana Jones et un film sur la vie d'Abraham Lincoln, le cinéaste a décidé de se lancer dans la télé-réalité.

Il s'apprête en effet à produire pour la chaîne Fox TV une émission baptisée On The Lot, sorte de Star Ac du cinéma destinée à découvrir le prochain grand réalisateur d'Hollywood... Seize candidats seront en lice sous le regard bienveillant (mais épisodique, il a pas que ça à foutre) du maître. A quand la même chose en France avec Luc Besson ? Non, je plaisante...

http://www.liberation.fr/page.php?Article=375760
par Kaplan publié dans : Le film
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Jeudi 20 avril 2006
Amnesty International vient de publier son étude annuelle sur la peine de mort dans le monde, et comme on pouvait le redouter, les nouvelles ne sont pas franchement réjouissantes. En 2005, près de 2200 personnes ont été exécutées dans 22 pays, et 20 000 personnes seraient condamnées à mort dans le monde. Il s'agit là d'estimations dont Amnesty reconnaît qu'elles pourraient être inférieures à la réalité... L'autre chiffre qui fait frissonner : 90% des exécutions sont réalisées par quatre pays seulement, la Chine, les Etats-Unis, l'Iran et l'Arabie Saoudite. Le club des winners !

Tout espoir n'est cependant pas perdu puisqu'en 2005, deux pays ont aboli la peine de mort - le Mexique et le Libéria. Qui seront les pays éclairés de 2006 et des années à venir ?...

http://www.liberation.fr/page.php?Article=376037

http://www.amnesty.asso.fr
par Kaplan publié dans : L'info
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