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Lundi 14 avril 2008
par Kaplan publié dans : My mood, my tune
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Vendredi 11 avril 2008

C'est fascinant de voir un homme mettre une salle de 4000 places en feu, d'entendre un public pleurer et hurler de rire grâce au seul talent d'un saltimbanque surdoué. Même s'il est conquis d'avance, rien ne permet de dire si ce public venu en masse va succomber une fois de plus, lui qui a payé pour rire, payé pour ressentir cette émotion insaisissable qui ne s'achète pas. Et ça marche, une fois de plus. Le comique arrive sur scène, la foule est en liesse, et dès les premières minutes, les rires fusent, la sauce prend.
C'est fascinant, le pouvoir de faire rire. Gad Elmaleh est un orfèvre en la matière, et il mérite amplement l'incroyable popularité dont il jouit depuis quelques années. Acteur, chanteur, danseur, musicien, imitateur à ses heures, il se nourrit de l'air du temps, capte les comportements, détourne les modes, croque les stéréotypes. Il kidnappe le stand up pour l'attirer vers le music hall, il alterne l'absurde et le corrosif, la régression et l'émotion. Il fait le grand écart entre le comique urbain ancré dans l'époque, jouant à fond de ses racines juives marocaines, et les différentes formes du spectacle vivant : ici du mime, là un pas de danse, ici encore une chanson populaire. C'est de l'humour fédérateur, qui touche tout le monde, et pourtant incroyablement personnel. Car derrière chaque saillie se devine la sensibilité à fleur de peau de cet artiste complet.

Avec son nouveau spectacle, Papa est en haut, Gad Elmaleh se livre comme jamais, abordant la délicate question de la paternité : son rapport avec son fils, mais aussi son rapport avec son propre père. L'éducation, la transmission, la tendresse, mais aussi la difficulté d'assumer ses responsabilités paternelles, tout y passe. Sans oublier les affres de la séparation amoureuse - on est devant un show à forte valeur autobiographique ajoutée. Cette thématique forme le pilier du spectacle, et si elle est très bien vue comme toujours, elle perd souvent en humour ce qu'elle gagne en gravité. Il y a donc un petit ventre mou au coeur des deux heures de stand up. Mais il y a surtout de vrais moments de folie pure, notamment dans tout ce qui relève de l'observation de notre époque : le Velib, les textos, les GPS (français et marocains), Facebook, les valises à l'aéroport, les coiffeurs, la gestuelle des Français, les déclarations d'amour, les hommes à gourmette, etc. Le tout ponctué d'intermèdes musicaux, au piano, à la guitare, ou au rythme de la tecktonik. C'est incroyable de précision, d'énergie, on se reconnaît, on s'identifie, on rit autant de soi que des autres, et surtout, on rit ensemble. C'est l'exploit d'un grand comique et d'un grand artiste. Quel talent. Quel plaisir...

Papa est en haut
par Kaplan publié dans : La sortie
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Mercredi 9 avril 2008

Pardon, pardon, mille fois pardon pour ce titre vraiment trop facile. Mais au-delà du jeu de mots foireux se cache une douloureuse réalité : chez les Tudor, dynastie qui régna durant près de 120 ans sur l'Angleterre, on passait beaucoup de temps au lit. à faire toutes sortes de galipettes et à jouer aux chaises musicales. Il faut dire qu'à l'époque, les gens n'avaient pas de console ni de parabole, donc il fallait bien s'occuper pendant les longues nuits d'hiver.

Pourquoi je vous parle de ça ? Eh bien parce que les Tudor font parler d'eux en ce moment. Coïncidence de l'actualité du cinéma et de la télé française, nous pouvons voir en ce moment sur le grand comme sur le petit écran des oeuvres consacrées au destin tumultueux de cette bouillonnante famille, et en particulier à celui du roi Henry VIII, qui occupa le trône de 1509 à 1547. Puissant monarque issu des Capétiens et des Plantagenêt, il fut le contemporain de Charles Quint et François Ier, avec lesquels il entretint un complexe chassé-croisé d'alliances et d'affrontements, il fut influencé par le philosophe humaniste Thomas More (avant de le faire exécuter), mais il est surtout célèbre pour avoir provoqué le schisme avec l'Eglise catholique qui donna naissance à l'Eglise anglicane. Voilà pour la minute Alain Decaux. Accessoirement, Henry VIII était un sacré coureur de jupons puisqu'il prit pas moins de six épouses, de Catherine d'Aragon à Catherine Parr. Avec certaines, il se contenta de divorcer. D'autres moins chanceuses furent décapitées, notamment la tristement célèbre Anne Boleyn, celle pour laquelle il provoqua justement la séparation avec l'Eglise de Rome. Parallèlement, il conçut un certain nombres de bâtards, mais cela fait partie des petites joies de l'époque.

Bref, un sacré personnage historique, qui a déjà fait l'objet de plusieurs évocations au cinéma (notamment dans Un Homme pour l'Eternité, de Fred Zinnemann, avec le récemment disparu Paul Scofield dans le rôle de Thomas More). Aujourd'hui, Henry VIII est à l'affiche d'un film (Deux Soeurs pour un Roi) et d'une série (Les Tudors, avec un S, je ne sais pas pourquoi) en cours de diffusion sur Canal+. Pour vous, j'ai testé les deux.

Commençons par le film, réalisé par Justin Chadwick. Eric Bana est Henry VIII, et son coeur balance entre les deux soeurs Boleyn : la douce Mary (Scarlett "vavavoum" Johansson) et la vénéneuse Anne (Natalie "ggrrrr" Portman). L'esprit sans doute obscurci par l'improbable coiffe molle qu'il arbore en toute occasion sauf au saut du lit, Henry VIII passe de l'une à l'autre sans trop savoir ce qu'il veut, et nous non plus d'ailleurs. Prêt à mettre le royaume à feu et à sang pour le simple privilège de posséder Anne à la hussarde sur une table en chêne massif, il passe beaucoup de temps à réfléchir en se triturant la barbiche. Finalement, il fait décapiter Anne (ce n'est pas un spoiler, c'est dans les livres d'histoire), il crée l'Eglise anglicane (expédié en cinq minutes) et Mary part vivre à la campagne avec son bâtard de gamin, bref pour elle ça finit bien. Vous l'aurez compris, c'est un mauvais film. Ni fait ni à faire, mal joué (Scarlett a toujours la bouche ouverte, Natalie a toujours un regard en coin du genre "ouais, ouais, tu vois ce que je veux dire"), la palme revenant à Eric Bana, aussi fade qu'un yaourt light aux endives. A moins qu'elle revienne à David Morrissey, qui après sa participation au désastreux Basic Instinct 2, coule consciencieusement sa carrière avec une prestation perruquée qui restera dans les annales. Le déroulement de l'intrigue bascule sans cesse du très chiant à l'incompréhensible, et le tout est filmé comme un épisode de Louis la Brocante. Bref, à fuir.

A côté de cet Azincourt cinématographique, la série Les Tudors ressemble un peu à Citizen Kane. Ambitieuse saga en 10 épisodes (pour la saison 1), produite par la chaîne américaine Showtime avec un confortable budget, Les Tudors reprend peu ou prou la recette qui a fait le succès de la série Rome : reconstitution soignée mais prenant des libertés avec l'authenticité historique, intrigues politiques et personnelles entremêlées, le tout ponctué de fréquents intermèdes à caractère sexuel.
Un épisode des Tudors, ça ressemble à ça : et hop, vas-y que je complote pour étriller le Duc de Buckingham, et hop, vas-y que je besogne une drôlesse, et hop, vas-y que je vais chasser le goupil dans les bois. Raconté comme ça c'est pas forcément excitant mais à l'écran ça se laisse regarder avec beaucoup de plaisir, notamment grâce au côté soap opéra complètement assumé et à un casting de premier ordre : l'énergie de Jonathan Rhys-Meyers crève l'écran dans le rôle d'Henry VIII, même si les documents d'époque laissent entendre que le monarque ressemblait plus à Carlos qu'à un mannequin Hugo Boss. A ses côtés, les excellents Sam Neill et Jeremy Northam jouent les éminences grises, et la troublante Natalie Dormer insuffle à Anne Boleyn un sex-appeal corrosif qui rend assez crédibles les coups de sang irrépressibles d'un roi Henry transformé en loup de Tex Avery.

Bref, Les Tudors, c'est mon petit plaisir coupable du lundi soir sur Canal. Pour moi qui ne suis pas vraiment accro aux séries (à part Rome justement, ou bien Dexter... et je continue de suivre Nip/Tuck comme on continue de fréquenter un vieux copain avec lequel on n'a plus grand chose en commun), c'est déjà un exploit que de me fixer un rendez-vous hebdomadaire fixe devant le petit écran. Mais dix épisodes, finalement, ça passe vite. La saison 2 vient de démarrer aux Etats-Unis. Et vous, vous glisserez-vous dans la couche des Tudor ?

Deux Soeurs pour un Roi, en salles depuis le 2 avril.
Les Tudors, tous les lundis à 20h50 sur Canal+.

par Kaplan publié dans : Le film
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Lundi 7 avril 2008
par Kaplan publié dans : My mood, my tune
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Vendredi 4 avril 2008
Aujourd'hui marque le quarantième "anniversaire" de l'assassinat de Martin Luther King. Un événement tragique survenu à Memphis de la main d'un forcené blanc, et concluant de la plus sinistre manière le bain de sang qui a recouvert l'Amérique des années 60. Quarante ans après sa mort, Martin Luther King incarne une figure unique et universellement reconnue, celle d'un homme de paix, un sage, un guide dont on a parfois tendance à négliger l'héritage - non seulement à l'échelle américaine mais mondiale. Quarante ans après sa mort, il nous rappelle encore que tous les combats, même les plus impossibles, méritent d'être menés. Quarante ans après sa mort, à l'heure où les Etats-Unis n'ont jamais été aussi près d'élire un Président noir, il nous rappelle qu'une voix peut toujours s'élever pour changer les choses, qu'il s'agisse de ségrégation raciale, de communautarisme religieux, d'intolérance culturelle ou d'un quelconque ordre social immuable et figé. Si aujourd'hui la mémoire de Martin Luther King est unanimement respectée, n'oublions pas qu'il y a juste quelques décennies, il a choisi de se battre contre des moulins haineux et qu'il l'a payé de sa vie. Sans vouloir faire de comparaison déplacée, de même qu'aujourd'hui en France certains balaient d'un revers de la main "l'héritage" de Mai 68 en oubliant tout ce qu'il a permis de faire bouger dans la société française, il est tentant d'oublier tout ce que le message de Luther King a apporté à l'humanité entière. Tout cela relève, finalement, du devoir de mémoire.

Cet article de l'Atlanta Journal repris par Courrier International dresse un portrait assez intéressant de Martin Luther King, aux antipodes du simple "artisan de paix" auquel on voudrait le réduire.

J'en termine en partageant son célèbre discours de la marche sur Washington, le 28 août 1963.


par Kaplan publié dans : L'info
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Mercredi 2 avril 2008
C'est un village coupé du monde, dans une région inidentifiée de culture germanique, à une époque inidentifiée qui ressemble à s'y méprendre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
C'est un narrateur revenant, passé une fois par le pays des morts et revenu de tout, y compris du pire, et qui pourtant va devoir être le témoin malgré lui, le témoin passif et fantômatique d'une nouvelle horreur, d'une nouvelle ignominie, de celles dont seuls les hommes sont capables.
C'est une fable ténébreuse, un cauchemar éveillé qui s'affranchit de tout repère historique ou géographique clair pour tendre vers la parabole. Ce village, ce narrateur, ce Brodeck qui commence son récit en se dédouanant de toute responsabilité dans ce qui va suivre (et ce qui a précédé), ils conjuguent tous les avatars de la laideur humaine : la guerre, le viol, le mensonge, la cruauté, l'exclusion, l'asservissement, le génocide. On croise dans ce livre des assassins sans visage, des aryens qui n'en sont pas, des collabos qui se justifient, une Shoah qui n'ose dire son nom. Mais tout est déformé, délavé, comme dans la mémoire d'un homme traumatisé.

Au lendemain d'une guerre qui a laissé des traces profondes dans tout le pays, et à laquelle lui et les siens ont payé un lourd tribut, Brodeck nous raconte comment et pourquoi les hommes de son village ont décidé d'éliminer un inconnu qui avait élu domicile parmi eux - un homme étrange, surnommé l'Anderer, arrivé de nulle part avec son cheval, son âne et ses accoutrements excentriques. Chargé contre son gré de rédiger un rapport expliquant les circonstances de l'arrivée et du "départ" de l'Anderer, Brodeck nous entraîne dans les méandres de son passé et des vérités cachées de son village sinistré.

Terrible roman, magnifique roman que ce Rapport de Brodeck qui marque ma première rencontre avec l'oeuvre de Philippe Claudel. Un roman au style direct, économe quoique précis dans ses descriptions, mais à la structure virtuose et fluide, faite de sauts de puce temporels ou oniriques - d'un paragraphe à l'autre, d'un chapitre à l'autre. Un roman édifiant, surtout, par ce qu'il nous rappelle sur la nature humaine et ses versants les plus sombres. On pourrait invoquer un parallèle avec Les Bienveillantes, bien sûr, pour les thèmes, pour le ton. En fait, Philippe Claudel se définit lui-même comme l'anti-Littell. Contrairement à l'auteur américain dans son livre-somme, il déploie en effet une langue épurée, ne s'embarrasse d'aucune documentation foisonnante ou mise en situation historique. Là où le narrateur des Bienveillantes était un monstre complexe et torturé, Brodeck est un survivant, une victime expiatoire et spectrale. On note, en revanche, un goût commun pour les zones obscures et sauvages de l'âme, avec quelques incursions dans la crasse, l'excrément et l'humiliation, mais sans le côté parfois complaisant, cruellement sophistiqué, langoureusement pervers, quasi-pasolinien de Littell.

En nous faisant oberver un monde terrestre en proie à l'enfer, peuplé de pantins dominés par des pulsions indignes, Philippe Claudel nous rappelle que les hommes détruisent tout, par lâcheté, par ignorance, par soumission. Ils assujettissent les purs et ravagent les innocents, surtout quand ces derniers leur tendent, consciemment ou non, le miroir déformant de toutes leurs turpitudes. Affreux, sale et méchant, tel est le monde de Brodeck : le seul refuge est dans les livres, l'exil ou la mort. C'est loin d'être gai, mais c'est écrit avec puissance et douleur, et cela vous crève le coeur.
par Kaplan publié dans : Le livre
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Mardi 1 avril 2008
par Kaplan publié dans : Ce que j'en dis...
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