
Pardon, pardon, mille fois pardon pour ce titre vraiment trop facile. Mais au-delà du jeu de mots foireux se cache une douloureuse réalité : chez les Tudor, dynastie qui régna durant près de 120
ans sur l'Angleterre, on passait beaucoup de temps au lit. à faire toutes sortes de galipettes et à jouer aux chaises musicales. Il faut dire qu'à l'époque, les gens n'avaient pas de console ni
de parabole, donc il fallait bien s'occuper pendant les longues nuits d'hiver.
Pourquoi je vous parle de ça ? Eh bien parce que les Tudor font parler d'eux en ce moment. Coïncidence de l'actualité du cinéma et de la télé française, nous pouvons voir en ce moment sur le
grand comme sur le petit écran des oeuvres consacrées au destin tumultueux de cette bouillonnante famille, et en particulier à celui du roi Henry VIII, qui occupa le trône de 1509 à 1547.
Puissant monarque issu des Capétiens et des Plantagenêt, il fut le contemporain de Charles Quint et François Ier, avec lesquels il entretint un complexe chassé-croisé d'alliances et
d'affrontements, il fut influencé par le philosophe humaniste Thomas More (avant de le faire exécuter), mais il est surtout célèbre pour avoir provoqué le schisme avec l'Eglise catholique qui
donna naissance à l'Eglise anglicane. Voilà pour la minute Alain Decaux. Accessoirement, Henry VIII était un sacré coureur de jupons puisqu'il prit pas moins de six épouses, de Catherine d'Aragon
à Catherine Parr. Avec certaines, il se contenta de divorcer. D'autres moins chanceuses furent décapitées, notamment la tristement célèbre Anne Boleyn, celle pour laquelle il provoqua justement
la séparation avec l'Eglise de Rome. Parallèlement, il conçut un certain nombres de bâtards, mais cela fait partie des petites joies de l'époque.
Bref, un sacré personnage historique, qui a déjà fait l'objet de plusieurs évocations au cinéma (notamment dans
Un Homme pour l'Eternité, de Fred Zinnemann, avec le récemment disparu
Paul Scofield dans le rôle de Thomas More). Aujourd'hui, Henry VIII est à l'affiche d'un film (
Deux Soeurs pour un Roi) et d'une série (
Les Tudors, avec un S, je ne sais pas
pourquoi) en cours de diffusion sur Canal+. Pour vous, j'ai testé les deux.
Commençons par le film, réalisé par Justin Chadwick. Eric Bana est Henry VIII, et son coeur balance entre les deux soeurs Boleyn : la douce Mary (Scarlett "vavavoum" Johansson) et la vénéneuse
Anne (Natalie "ggrrrr" Portman). L'esprit sans doute obscurci par l'improbable coiffe molle qu'il arbore en toute occasion sauf au saut du lit, Henry VIII passe de l'une à l'autre sans trop
savoir ce qu'il veut, et nous non plus d'ailleurs. Prêt à mettre le royaume à feu et à sang pour le simple privilège de posséder Anne à la hussarde sur une table en chêne massif, il passe
beaucoup de temps à réfléchir en se triturant la barbiche. Finalement, il fait décapiter Anne (ce n'est pas un
spoiler, c'est dans les livres d'histoire), il crée l'Eglise anglicane
(expédié en cinq minutes) et Mary part vivre à la campagne avec son bâtard de gamin, bref pour elle ça finit bien. Vous l'aurez compris, c'est un mauvais film. Ni fait ni à faire, mal joué
(Scarlett a toujours la bouche ouverte, Natalie a toujours un regard en coin du genre "ouais, ouais, tu vois ce que je veux dire"), la palme revenant à Eric Bana, aussi fade qu'un yaourt light
aux endives. A moins qu'elle revienne à David Morrissey, qui après sa participation au désastreux
Basic Instinct 2, coule consciencieusement sa carrière avec une prestation perruquée qui
restera dans les annales. Le déroulement de l'intrigue bascule sans cesse du très chiant à l'incompréhensible, et le tout est filmé comme un épisode de
Louis la Brocante. Bref, à
fuir.
A côté de cet Azincourt cinématographique, la série
Les Tudors ressemble un peu à
Citizen Kane. Ambitieuse saga en 10 épisodes (pour la saison 1), produite par la chaîne
américaine Showtime avec un confortable budget,
Les Tudors reprend peu ou prou la recette qui a fait le succès de la série
Rome : reconstitution soignée mais prenant des
libertés avec l'authenticité historique, intrigues politiques et personnelles entremêlées, le tout ponctué de fréquents intermèdes à caractère sexuel.
Un épisode des
Tudors, ça ressemble à ça : et
hop, vas-y que je complote pour étriller le Duc de Buckingham, et
hop, vas-y que je besogne une drôlesse, et
hop,
vas-y que je vais chasser le goupil dans les bois. Raconté comme ça c'est pas forcément excitant mais à l'écran ça se laisse regarder avec beaucoup de plaisir, notamment grâce au côté
soap
opéra complètement assumé et à un casting de premier ordre : l'énergie de Jonathan Rhys-Meyers crève l'écran dans le rôle d'Henry VIII, même si les
documents d'époque laissent entendre que le monarque ressemblait plus à Carlos qu'à un mannequin Hugo Boss. A ses côtés, les excellents
Sam Neill et Jeremy Northam jouent les éminences grises, et la troublante Natalie Dormer insuffle à Anne Boleyn un sex-appeal corrosif qui rend assez crédibles les coups de sang irrépressibles
d'un roi Henry transformé en loup de Tex Avery.
Bref,
Les Tudors, c'est mon petit plaisir coupable du lundi soir sur Canal. Pour moi qui ne suis pas vraiment accro aux séries (à part
Rome justement, ou bien
Dexter...
et je continue de suivre
Nip/Tuck comme on continue de fréquenter un vieux copain avec lequel on n'a plus grand chose en commun), c'est déjà un exploit que de me fixer un rendez-vous
hebdomadaire fixe devant le petit écran. Mais dix épisodes, finalement, ça passe vite. La saison 2 vient de démarrer aux Etats-Unis. Et vous, vous glisserez-vous dans la couche des Tudor ?
Deux Soeurs pour un Roi, en salles depuis le 2 avril.
Les Tudors, tous les lundis à 20h50 sur Canal+.