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Jeudi 1 mai 2008

Quand j'étais gamin, j'avais un imaginaire plutôt développé où les super-héros occupaient une part assez importante. Mais pas n'importe quels super-héros : ceux des éditions Marvel. Bien sûr, il m'est arrivé de lorgner du côté de Batman ou Superman (les personnages emblématiques du grand rival de Marvel, DC Comics), mais dans l'ensemble c'est pour les héros Marvel que j'ai toujours eu un faible. Je lisais tout : les Strange, les Special Strange, les Titans, les Nova, les Spidey, qui compilaient les aventures des différents personnages créés par Stan Lee, Jack Kirby et les autres. Tous ces vieux magazines sont encore quelque part, dans le grenier de mes parents. Certains doivent être collector aujourd'hui... Mais je m'égare. Pour le petit garçon que j'étais, chaque nouveau numéro était un événement. J'avais mes préférences. Les X-Men d'abord (période John Byrne), mais aussi Daredevil (période Frank Miller) ou encore Iron-Man, l'un des rares personnages Marvel à ne pas avoir de pouvoir - il tirait sa puissance de son génie qui lui avait permis de mettre au point une armure hyper sophistiquée. Depuis, les années ont passé, comme dit la chanson. Je ne lis plus guère de comic books, mais je garde pour les super-héros une nostalgie tenace.

Récemment, les studios hollywoodien ont jeté leur dévolu sur les super-héros Marvel et ont décidé de porter méthodiquement leurs aventures à l'écran. Avec plus ou moins de bonheur : pour un X-Men 2 ou un Spiderman 2 plutôt réussis, la plupart des adaptations ont été des ratages, de pauvres prétextes à des déluges d'effets spéciaux sans queue ni tête. En matière de film de super-héros, tous éditeurs confondus, seul Batman peut se targuer d'avoir été vraiment bien traité, par Tim Burton puis par Christopher Nolan (on passera pudiquement sous silence la période Joel Schumacher).

Aujourd'hui vient de sortir sur les écrans ce que je qualifierais de vraie première réussite pour les studios Marvel : Iron-Man. Il s'agit là d'un blockbuster décomplexé, extrêmement fidèle à l'esprit de la B-D originale et utilisant au mieux les outils du cinéma pour la convertir en superproduction d'excellente facture.
La particularité d'Iron-Man, outre celle mentionnée plus haut, c'est qu'il n'est pas un héros malgré lui qui pleurniche sur son sort, à la différence de la plupart de ses collègues. Ce Tony Stark est avant tout un personnage immoral, vendeur d'armes, playboy milliardaire, buveur et cavaleur, qui à la faveur d'une prise de conscience tardive, décide de devenir justicier. Pas parce qu'il y est obligé ou condamné, mais parce qu'il aime ça ! Or le film est à l'image de son héros : totalement débridé, clinquant, tapageur... et vaguement cynique. On trouve en effet, sous le vernis sans reproche de la grosse production américaine (les effets spéciaux sont de toute beauté), un discours à double détente sur l'industrie de l'armement et l'interventionnisme américain. En bref : fabriquer et vendre des armes c'est mal, faire la guerre c'est encore pire, mais c'est toujours bien d'avoir quelqu'un pour faire le sale boulot quand il s'agit de flinguer quelques salopards.

Bref, la morale de l'histoire est loin d'être blanche ou noire. Pour le reste, le film est assez bien construit (trois actes clairs, comme toute origin story qui se respecte, avec une mention spéciale à la fabrication de l'armure qui n'est pas sans rappeler un Batman Begins en plus "bling bling"). Le tout est mené tambour battant, et surtout, surtout, repose en grande partie sur la qualité de la distribution. Robert Downey Jr, l'enfant terrible aux frasques trop bien connues, se glisse dans la peau de Tony Stark comme s'il incarnait son propre rôle. Sardonique et charmeur, trop porté sur la bouteille, il dégaine les répliques aussi vite que ses rayons répulseurs. Autour de lui, Jeff Bridges fait le méchant avec son talent habituel (mais oui enfin, on parle bien de The Dude !), Gwyneth Paltrow est super craquante et Terrence Howard joue les utilités en attendant les prochains épisodes. Bref, cet Iron-Man ouvre en fanfare la saison pré-estivale propice aux grosses machines hollywoodiennes, et elle le fait avec une certaine classe. Si l'on sait passer outre le ridicule inhérent à toute histoire de super-héros, le plaisir est assurément au rendez-vous.

En salles depuis le 30 avril.

par Kaplan publié dans : Le film
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