Comme prévu, la droite a remporté la victoire hier, lors du second tour des élections législatives. Une victoire nette, puisque l'UMP et ses alliés peuvent se prévaloir de 331 à 345 sièges sur 577. Une victoire historique aussi, puisqu'il s'agit de la première fois depuis 1978 qu'une majorité parlementaire se succède à elle-même. Une victoire logique, enfin, après celle de Nicolas Sarkozy le 6 mai dernier, l'élection présidentielle étant désormais condamnée à être le diapason de la législature à suivre.
Plusieurs bémols cependant à cette victoire. L'abstention, pour commencer. Avec 39,5%, elle est un peu en recul par rapport au premier tour, mais reste importante. Bien entendu, les Français se passionnent moins pour l'élection de députés qu'ils connaissent moins bien que les candidats à la présidentielle. Mais surtout, ils identifient moins clairement les enjeux de ce scrutin, que beaucoup d'entre eux considèrent comme une "formalité" après la course à l'Elysée.
Une formalité ? Pas tant que ça, finalement. On attendait une vague bleue, elle n'aura pas eu lieu. En une seule petite semaine, les électeurs ont sensiblement renversé la tendance, et s'ils ont donné au Président la majorité qu'il avait appelée de ses voeux, ils ont également opté pour une opposition forte. Le Parti Socialiste, contre toute attente, a réussi à gagner des sièges par rapport à la législature de 2002, et c'est entre 206 et 212 élus qui vont siéger au Palais Bourbon. On peut dire qu'il s'agit d'une surprise, tant le parti semblait laminé par les querelles internes et anesthésié par l'inéluctabilité d'un raz-de-marée UMP. Aidés par la polémique autour de la TVA sociale et surtout par les reports de voix du MoDem, les socialistes ont fait mieux que sauver les meubles - mais tout reste à faire.
Rongé au-dedans, soutenu au dehors, voilà aujourd'hui l'état du PS. Drôle de situation que ce vote de confiance donné par les électeurs à une formation menacée d'implosion - comme un encouragement à entamer sans plus attendre la rénovation dont le parti a besoin. Le PS aujourd'hui, c'est d'abord un premier secrétaire isolé qui s'accroche désespérément à son siège, une candidate dans le colimateur qui n'a pas attendu plus de quelques heures après les résultats pour annoncer sa séparation avec François Hollande, deux
has been qui espèrent encore jouer les
will be, et une bande de "jeunes lions" qui affichent clairement leur volonté de bouffer les éléphants. Joli tableau, et le meilleur reste à venir.
Quoiqu'il en soit, la gauche sort relativement épargnée de ces élections : les communistes conservent près de 20 sièges, un miracle compte tenu de l'état du parti. Les Verts restent stables. Et au milieu du centre, comme prévu, le MoDem fait les frais de sa stratégie du "ni, ni". Avec ses trois copains députés, François Bayrou va se sentir bien seul. Il n'empêche que les voix de ses électeurs ont une fois de plus compté dans l'issue du scrutin. De quoi lui mettre du baume au coeur en attendant les municipales, où il ne devrait pas manquer de tenter quelques coups d'éclat.
La droite, de son côté, se voit bien sûr pourvue d'une belle majorité, qui devrait permettre à son gouvernement de mener à bien les réformes qu'il a annoncées. Une majorité cependant moins écrasante que ce que craignaient certains, qui va devoir prendre en considération la voix de l'opposition, et surtout celle du peuple français, toujours prompt à brûler ce qu'il a adoré. Elu largement en mai, Nicolas Sarkozy prend un premier coup de semonce en juin. Nul doute qu'en habile politique (voir
l'édito de Joffrin), il va savoir tirer les leçons de ce scrutin dans son exercice du pouvoir. Certains en ont déjà tiré d'amères conclusions, comme Alain Juppé, battu à Bordeaux et contraint à démissionner du gouvernement. L'éternel sacrifié de la chiraquie reprend son chemin de croix. Il paraît qu'on l'attend au Canada.