
Vraiment, je suis désolé pour ce titre lamentable mais je n'ai pas trouvé mieux en cette fin de semaine poussive.
Vous savez ce que c'est qu'une piccata de veau ? Oui, bien sûr, vous le savez ! Ce sont des émincés de veau finement coupés et cuisinés qui au marsala, qui à la crème et aux champignons, qui comme
vous voulez. Hier soir à la
Villa Victoria, j'ai découvert avec surprise qu'une piccata de veau, c'est en réalité... une escalope panée à la milanaise ! Enfin, c'est ce que semble croire
le chef cuisinier de ce bistrot au demeurant fort sympathique du IXème arrondissement, anciennement
Le Velly et récemment repris par de nouveaux propriétaires. Au moment de réserver on
m'avait rassuré : les tauliers ont changé, le nom aussi, mais ni le chef ni "l'esprit".
La devanture annonce "cuisine traditionnelle moderne", ce qui relève déjà de la gageure mais pourquoi pas... Et en fait c'est vrai, la piccata de veau affiche une modernité à laquelle mon esprit
étriqué n'était sans doute pas préparé. Blague à part, cette
Villa Victoria propose une formule entrée-plat-dessert à 32 €, prix standard à Paris pour un bistrot de cet acabit. La carte
propose un bel assortiment de produits et d'idées. En entrée j'ai opté pour une terrine aux poivrons et à la ricotta réhaussée d'une touche de tapenade, très fraîche, de bonne tenue, arborant
crânement sa belle mine comme une minette qui reviendrait de vacances. Ma convive a choisi elle, une soupe aux lentilles vertes et lardons, avec une pointe de crème fraîche. Bonne pioche, la soupe
est généreuse et fondante, parfaite pour un mois d'octobre.
Puis vient le moment du plat de résistance et là, on se fait avoir comme des débutants. Tentés par la piccata de veau sauce tartare sur lit d'épinards, nous en oublions la règle élémentaire du
would-be critique gastronomique : ne jamais prendre le même plat pour pouvoir multiplier ses impressions ! La suite on la connaît, la piccata arrive et d'un seul coup on se retrouve projeté dans
une vieille pizzeria. J'exagère : le veau était bon, la panure appliquée, les épinards francs et la sauce tartare fraîche, mais bon, ce n'était pas une piccata de veau, ou alors moi je suis Richard
Nixon. Pour l'ancdote, la carte proposait aussi du lieu, de la daurade, du boeuf... On n'a peut-être pas été très inspirés sur ce coup-là.
Encore dérouté par cette expérience aux frontières du réel, je demande timidement conseil auprès de la serveuse qui vient s'enquérir de notre choix de desserts. Alors qu'en face de moi on a déjà
opté pour le clafoutis aux cerises depuis à peu près 1h30, pour ma part j'hésite entre l'orange en gelée au café (intriguant) et les fraises au mascarpone. La serveuse me dirige sans hésiter vers
la deuxième option. J'enchaîne, et ma foi oui, ce sont bien des fraises au mascarpone, avec un petit biscuit tout gentil et une boule de glace à la fraise. Frais, simple, direct, circulez. Le
clafoutis, servi dans un petit ramequin, arrive tout beau tout bronzé. Ses cerises ont encore leur noyau, elles se laissent faire sans barguigner, c'est une bonne réussite pour un dessert archi
conventionnel mais si prompt à décevoir... Et voilà. Avec une bouteille de vin du Languedoc et un café (servi avec ses mignardises), on arrive à un total de 45 euros par personne. Le décor est
agréable, le service attentionné - il faut bien dire qu'en plein mois d'août dans le quartier, le restaurant était aussi plein qu'un hall de gare dans un film de Sergio Leone. Donc elle est sympa,
cette
Villa Victoria. Mais n'y allez pas pour sa piccata.
52 rue Lamartine, Paris IX, M° Notre-Dame de Lorette, 01 48 78 60 05.