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Mercredi 28 novembre 2007
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La semaine dernière, c'était l'anniversaire de Mrs Kaplan, et en cette grande occasion, j'ai décidé de l'emmener dans un bon restaurant, histoire de s'armer de courage pour affronter la rigueur des ans en s'octroyant un gueuleton digne de ce nom. Pas un resto romantique, ambiance violons, chandelles, canard en sauce et banane flambée - c'est pas vraiment le genre de la maison - mais plutôt un bistrot plein de charme et de chaleur, histoire de revenir aux principes fondamentaux d'une vie (à deux ou à plusieurs) réussie : le partage, la convivialité, le plaisir, tout simplement. Après un temps de réflexion, mon choix s'est porté sur Le Cristal de Sel, une adresse ouverte l'été dernier et qui fait partie des "bonnes surprises parisiennes" de la rentrée culinaire, dixit François Simon, L'Express, Petitrenaud, Thierry Richard et l'ensemble de la blogosphère.

Le Cristal de Sel, c'est donc un néo-bistrot planqué dans une rue assoupie du XVème, qui est lui-même un arrondissement très assoupi mais qui semble avoir décidé de réveiller les casseroles depuis plusieurs mois. A deux pas de la Rue du Commerce, l'établissement propose sa trentaine de couverts et sa déco épurée, et surtout sa carte malicieuse établie par un jeune chef formé au Bristol. Ce soir-là c'était la fête, on s'est donc "laché" : entrée, plat et dessert, ma bonne dame - au diable l'avarice et les poignées d'amour.

En entrée donc, des Saint-Jacques rôties pour Mrs. Parfaitement préparées et juste réhaussées par une petite merveille de sauce au cidre. Pour votre serviteur, l'un des "coups de coeur maison", des sardines Ramon Pena servies dans leur boîte et accompagnées d'un beurre aux algues Bordier. Alors bon, savoureuses les sardines, pas du genre de celles qu'on achète au Leader Price ; quant au beurre, une saveur nouvelle et inatttendue. Mais bien que certains m'aient soufflé depuis que les sardines sont millésimées comme les vins et qu'en quelque sorte la sardine en boîte est un plaisir presque snob, je trouve que 11 € ça fait cher l'entrée.

En guise de plat, nous avons tous les deux opté pour un filet de bar rôti accompagné d'encornets, de petits artichauts et d'un jus d'encre. Et là, banco : fraîcheur extrême du poisson (on avait l'impression d'entendre les mouettes) cuit avec une précision de sniper, bonheur des petits artichauts et des encornets, malice de la sauce mariant à merveille l'encre de seiche et le jus de citron. Du bonheur... On fait traîner, on pose sa fourchette, on en reprend une toute petite bouchée, on a envie que ce plat n'en finisse jamais. 

Mais il se finit, et pour calmer sa tristesse on doit bien commander un dessert. On opte à nouveau pour un "coup de coeur maison", une aumonière de crèpe aux pommes tièdes et au caramel salé. Un gentil petit dessert, réconfortant, simple, un peu trop humble pour laisser des traces indélébiles. Mais une bonne façon de conclure avant de se retirer, légèrement gris à cause du (grâce au) splendide Saint-Peray blanc, vin d'Ardèche aux arômes de fleurs et de miel : un nectar. On prend congé du personnel, charmant et avenant, on salue le chef, qui s'excuse presque de passer la tête hors de sa cuisine. Et on repart dans la rue, satisfait de sa soirée, délesté d'un nombre significatif d'euros (je suis un gentleman, je ne dirai pas combien) mais heureux. Le temps n'a pas de prise sur ces plaisirs-là.

13 rue Mademoiselle, Paris XV, M° Commerce, 01 42 50 35 29.

Platsdesserts.jpeg
par Kaplan publié dans : Le resto
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Lundi 26 novembre 2007
La démocratie ne s'use que si l'on ne s'en sert pas. A l'heure où la France négocie des milliards d'euros d'accords commerciaux avec la Chine au mépris du plus élémentaire respect des Droits de l'Homme, va-t-on aussi continuer à fermer les yeux encore longtemps sur la pantalonnade qui règne en Russie, où l'intraitable Poutine, non content de chercher un moyen de prolonger encore son pouvoir, musèle consciencieusement la moindre opposition ? Partenaire privilégié de l'Europe, la Russie est un champ de ruines où les charognards font la loi. Mais tout le monde la boucle, ou détourne sagement le regard. Et à eux, qu'est-ce qu'on leur vend ?

http://www.liberation.fr/actualite/monde/293772.FR.php
par Kaplan publié dans : L'info
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Jeudi 22 novembre 2007
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On retiendra donc que la France n'aura pas eu besoin de l'Italie pour assurer sa présence à l'Euro 2008 et respirer le bon air des Alpes suisses et autrichiennes. En allant chercher un laborieux match nul (2-2) sur la pelouse atomisée et glacée de Kiev, l'Equipe de France a rapporté le point qu'elle aurait dû obligatoirement décrocher si les Azzurri n'étaient pas allés gagner en Ecosse samedi. On peut imaginer que, grâce à nos frères ennemis transalpins, la bande à Raymond a joué sans pression hier soir. Il n'en demeure pas moins que cette rencontre s'est révélée crispante à plus d'un titre. Dans une ambiance pourrie comme on n'en trouve que dans les stades d'ex-Union Soviétique les soirs d'hiver, les Bleus ont livré une copie assez médiocre, que quelques individualités ont contribué à transformer en "bonne opération" (comme on dit dans le jargon).

Commençons par le gros point d'interrogation de cette soirée, et pourquoi pas, de cette semaine puisqu'il faut bien prendre en compte le match amical contre le Maroc : la défense. Ce qui a fait la grande force des Bleus depuis les années Jacquet et pendant la dernière Coupe du Monde ne semble plus trop fonctionner : erreurs grossières, fautes stupides, retards au démarrage et marquages approximatifs, les lignes arrières de l'Equipe de France semblent se chercher. Côté latéraux, l'absence prolongée de Sagnol commence à se faire sentir : malgré ses efforts méritoires, Clerc a encore trop de déchet, notamment en phase offensive. Quant à Abidal, son volume physique ne compense pas toujours ses moments d'inattention qui peuvent être fatals. Patrice Evra a sans doute une carte à jouer, quoique face au Maroc, il n'a pas été inoubliable non plus... En charnière centrale, le légendaire Lilian Thuram commence à faire son âge, d'autant que son manque de temps de jeu avec le Barça l'empêche de "garder le rythme". Préoccupant, et vraiment dommage pour un joueur aussi mythique. Quant à Gallas, ses dernières sorties en bleu ont été assez anecdotiques, ce qui n'est pas dans ses habitudes. Sur les deux buts encaissés hier soir, et sur les différentes frayeurs que les attaquants ukrainiens ont pu nous occasionner, la défense tricolore est à mettre en cause. Pas assez vive, pas assez incisive, pas assez intelligente dans sa lecture du jeu. A l'Euro, ça ne pardonnera pas.

Parlons-en, de ces deux buts encaissés. Sur le premier, on peut à la rigueur concéder que la construction des Ukrainiens est bien élaborée, et la frappe de Voronin, parfaite. Par contre sur le second, quelle erreur de Sébastien Frey ! Pour sa première titularisation chez les Bleus, le gardien de la Fiorentina, qui attendait sa chance et jouait les troisièmes couteaux depuis des mois, a magistralement foiré son coup. Pas sûr que cela l'exclue définitivement du groupe, mais en tout cas cela exonère Landreau de ses "erreurs" récentes.

Heureusement, sur le flanc de l'attaque, la France a du lourd. Hier soir, sur les quatre joueurs qui ont "fait tourner la boutique", trois avaient un profil offensif : Henry, Govou (les deux buteurs du soir) et Ribéry (intenable). Le quatrième, Lassana Diarra, est bien plus intéressant en milieu récupérateur qu'en latéral. Un bon pari pour l'avenir... Ces joueurs-là ont su, à eux seuls, apporter le rythme, l'énergie et le talent pour déstabiliser leurs adversaires. Les autres étaient beaucoup moins fringants, avec un Makelele en petite forme, un Benzema en plein coup de pompe et un Nasri qui n'a pas encore atteint le top niveau que l'on attend de lui. Quant à Ben Arfa, il n'a pas eu le temps de montrer grand chose hier soir.

Bref, les Bleus ont fait le boulot, comme savent le faire les pros. Certes, sans la boulette de Frey, une victoire 1-2 serait plus rassurante sur le papier, mais la deuxième mi-temps a été trop marquée par la domination ukrainienne pour que l'on se gargarise d'un tel résultat. Il reste huit mois pour préparer l'Euro, qui s'annonce comme une compétition de très haut niveau. La France, qui sera dans le quatrième chapeau pour le tirage au sort des matches de poule, a des chances de tomber sur des gros morceaux d'entrée de jeu. Il faudra donc être prêt. Avec l'effectif dont il dispose, jeunes et moins jeunes, Domenech a les moyens de composer un superbe groupe de 23 joueurs en juin prochain. Espérons que l'on retrouvera le bel état d'esprit qui a permis aux Bleus de réussir la campagne que l'on sait en 2006.

Le coup de tonnerre de la soirée, c'est bien sûr la déroute des Anglais, battus (2-3) par la Croatie dans leur cathédrale de Wembley. Les hommes de McClaren n'avaient besoin que d'un point pour assurer leur présence à l'Euro, et ils ont failli réaliser un exploit en revenant au score après avoir été menés 0-2. Mais les Croates ont joué jusqu'au bout, et ont finalement renvoyé Beckham, Lampard, Gerrard et consorts à leurs chères études. Il manquera donc quelques joueurs de grande classe à l'Euro... C'est cruel, mais c'est le football.

La Coupe d'Europe se déroulera du 7 au 29 juin 2008. Le tirage au sort des poules aura lieu le 2 décembre prochain.
par Kaplan publié dans : Le match
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Jeudi 15 novembre 2007

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... De cinéma, bien sûr. Après plusieurs mois de déroute totale durant lesquels j'ai laissé passer un grand nombre de films, je reprends peu à peu mon rythme de croisière. Bon, il est toujours difficile de suivre le ryhtme (d'autant qu'il y a vraiment beaucoup de sorties intéressantes en ce moment), mais j'arrive quand même à retrouver une fréquentation décente. Et j'en suis bien content, parce quand je passe trop de temps sans aller au cinéma, je me sens démuni, carencé, coupable... Eh oui, c'est comme ça. Alors en vrac, voici mes observations sur les films que j'ai pu voir ces derniers temps :

Never Forever. Petit film indépendant américain qui traite d'un sujet peu commun : le poids de la culture et des traditions dans un mariage mixte entre une femme très Wasp et un homme issu d'une bonne famille coréenne. Lorsqu'un enfant tarde à venir, tout le vernis social se fissure et la femme décide de faire appel à un immigré coréen clandestin pour lui faire en enfant "en douce" contre rémunération. Mais ce qui commence comme un deal ambigu va se transformer en love story, comme de bien entendu. La suite est assez convenue mais se regarde sans déplaisir, surtout grâce à la présence de la comédienne Vera Farmiga (vue aussi dans The Departed).

Le Deuxième Souffle. Vu un peu par dépit parce que le film initialement choisi était complet, cette adaptation du roman de José Giovanni a la lourde tâche de succéder au chef-d'oeuvre de Melville avec Lino Ventura. Alain Corneau n'est pas un manchot, et sa volonté de tirer le film vers un univers graphique proche de la BD (cadrages, lumières, postures) est louable. On repère aussi des emprunts (assez voyants) aux Sentiers de la Perdition, mais on est loin du film de Sam Mendes. Le casting est à géométrie variable : Auteuil déçoit, Bellucci énerve, Cantona et Dutronc assurent, les seconds rôles sortent du lot. Un peu long, un peu vain... Passable.

Michael Clayton. Un de ces films "comme on en fait plus" mais comme on en fait de plus en plus, qui lorgne ostensiblement vers le ciné des années 70, celui des Lumet, des Pakula et des Sydney Pollack - qui fait ici office de producteur et de second rôle. En bref, un thriller juridique et politique bien foutu, à l'intrigue élégamment tricotée et à la morale en demi-teinte, où George Clooney excelle en avocat revenu de tout. Tous les comédiens sont impeccables, c'est de la belle ouvrage.

La Chambre des Morts.
Vu en projection de presse, ce polar français essaie de conjuguer, assez maladroitement, cinéma de genre et cinéma social. Dans un nord de la France écrasé par la grisaille, le chômage et la précarité, un serial killer kidnappe et massacre des fillettes. Une jeune policière au lourd passé enquête... Ce qui commence comme un examen intéressant des procédures policières dans une région sinistrée finit en grand guignol louchant avec complaisance vers Le Silence des Agneaux. Mélanie Laurent, révélée dans Je vais bien, ne t'en fais pas, est convaincante en enquêtrice faussement fragile. Mais globalement, c'est raté.

Les Promesses de l'Ombre. Depuis History of Violence, on sent que David Cronenberg développe un cinéma plus commercial, ou du moins plus grand public, sans tout à fait renier certains de ses thèmes de prédilection et certaines de ses figures de style. Avec Les Promesses de l'Ombre, il retrouve Viggo Mortensen, transformé en homme de main de la mafia russe dans un Londres crépusculaire. Une sage femme incarnée par Naomi Watts enquête sur la mort suspecte d'une jeune prostituée et se retrouve plongée dans un milieu interlope où les monstres ont le visage de bons restaurateurs respectables. Les faux-semblants identitaires sont au coeur du film : on est donc bien chez Cronenberg. Le sang gicle, les membres sont brisés, les corps déchirés : on est donc bien chez Cronenberg. Pour le reste, l'intrigue est assez basique, et le résultat plutôt mineur. Mais on retiendra l'extraordinaire scène de baston dans des bains publics où Viggo Mortensen, complètement à poil (et dans des postures pas franchement flatteuses), se fout sur la gueule avec deux tueurs armés de couteaux. La salle entière et comble retenait son souffle : un bon morceau de cinéma.

American Gangster. Il y avait là matière à signer un grand film, et ce n'est qu'un bon film. En s'emparant de l'histoire vraie de Frank Lucas, premier parrain black à avoir pris le contrôle du trafic de drogue sur New York au début des années 70, Ridley Scott tenait un sujet à multiples facettes : l'ascension et la chute d'un gangster, certes, mais aussi, en filigrane, l'examen d'un moment charnière de l'histoire des Etats-Unis - la guerre du Vietnam, les droits civiques, la corruption policière, Nixon, Mohammed Ali, et bien sûr, la signification profonde du parcours de ce "gangster américain", un noir qui dame le pion à tout le monde, qui dérange en somme, et qui prend le pouvoir en défendant des valeurs familiales tout en commettant les pires crimes. Bref, Scott gâche un peu la puissance de son sujet : les questions politiques et sociales sont effleurées, il les aurait fallu plus présentes pour que le film soit grand. En l'état, il est juste bon, avec quelques moments excellents (une superbe descente de police vers la fin du film), de belles confrontations d'acteurs (Denzel forever, of course, et Russell Crowe pas mal en flic intègre... cela dit les personnages manquent un peu de profondeur) et une conclusion un peu ambigüe, qui nous dit qu'en substance, malgré toutes les horreurs que l'on peut commettre, la fin justifie les moyens. Et bien sûr, en grand créateur de mondes, Ridley Scott fait revivre comme personne le Harlem des seventies. C'est déjà pas mal, mais on attendait mieux.

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par Kaplan publié dans : Le film
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