
La semaine dernière, c'était l'anniversaire de Mrs Kaplan, et en cette grande occasion, j'ai décidé de l'emmener dans un bon restaurant, histoire de s'armer de courage pour affronter la rigueur des ans en s'octroyant un gueuleton digne de ce nom. Pas un resto romantique, ambiance violons, chandelles, canard en sauce et banane flambée - c'est pas vraiment le genre de la maison - mais plutôt un bistrot plein de charme et de chaleur, histoire de revenir aux principes fondamentaux d'une vie (à deux ou à plusieurs) réussie : le partage, la convivialité, le plaisir, tout simplement. Après un temps de réflexion, mon choix s'est porté sur Le Cristal de Sel, une adresse ouverte l'été dernier et qui fait partie des "bonnes surprises parisiennes" de la rentrée culinaire, dixit François Simon, L'Express, Petitrenaud, Thierry Richard et l'ensemble de la blogosphère.
Le Cristal de Sel, c'est donc un néo-bistrot planqué dans une rue assoupie du XVème, qui est lui-même un arrondissement très assoupi mais qui semble avoir décidé de réveiller les casseroles depuis plusieurs mois. A deux pas de la Rue du Commerce, l'établissement propose sa trentaine de couverts et sa déco épurée, et surtout sa carte malicieuse établie par un jeune chef formé au Bristol. Ce soir-là c'était la fête, on s'est donc "laché" : entrée, plat et dessert, ma bonne dame - au diable l'avarice et les poignées d'amour.
En entrée donc, des Saint-Jacques rôties pour Mrs. Parfaitement préparées et juste réhaussées par une petite merveille de sauce au cidre. Pour votre serviteur, l'un des "coups de coeur maison", des sardines Ramon Pena servies dans leur boîte et accompagnées d'un beurre aux algues Bordier. Alors bon, savoureuses les sardines, pas du genre de celles qu'on achète au Leader Price ; quant au beurre, une saveur nouvelle et inatttendue. Mais bien que certains m'aient soufflé depuis que les sardines sont millésimées comme les vins et qu'en quelque sorte la sardine en boîte est un plaisir presque snob, je trouve que 11 € ça fait cher l'entrée.
En guise de plat, nous avons tous les deux opté pour un filet de bar rôti accompagné d'encornets, de petits artichauts et d'un jus d'encre. Et là, banco : fraîcheur extrême du poisson (on avait l'impression d'entendre les mouettes) cuit avec une précision de sniper, bonheur des petits artichauts et des encornets, malice de la sauce mariant à merveille l'encre de seiche et le jus de citron. Du bonheur... On fait traîner, on pose sa fourchette, on en reprend une toute petite bouchée, on a envie que ce plat n'en finisse jamais.
Mais il se finit, et pour calmer sa tristesse on doit bien commander un dessert. On opte à nouveau pour un "coup de coeur maison", une aumonière de crèpe aux pommes tièdes et au caramel salé. Un gentil petit dessert, réconfortant, simple, un peu trop humble pour laisser des traces indélébiles. Mais une bonne façon de conclure avant de se retirer, légèrement gris à cause du (grâce au) splendide Saint-Peray blanc, vin d'Ardèche aux arômes de fleurs et de miel : un nectar. On prend congé du personnel, charmant et avenant, on salue le chef, qui s'excuse presque de passer la tête hors de sa cuisine. Et on repart dans la rue, satisfait de sa soirée, délesté d'un nombre significatif d'euros (je suis un gentleman, je ne dirai pas combien) mais heureux. Le temps n'a pas de prise sur ces plaisirs-là.
13 rue Mademoiselle, Paris XV, M° Commerce, 01 42 50 35 29.

