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Mercredi 25 juin 2008
Aujourd'hui c'est mercredi : c'est le jour des enfants (heureusement, j'en ai pas !... wink wink...) mais c'est surtout le jour du cinémaaaaaa. A cette occasion je vous toucherais bien deux mots de Wall-E, le nouveau film d'animation du studio Pixar que j'ai pu voir en projection de presse lundi soir... Mais comme il y a embargo sur les critiques jusqu'à sa sortie aux Etats-Unis fin juillet, j'observerai un silence total. On appelle ça la déontologie. Oui, je sais, c'est beau.

Pour la peine je ne vais pas m'éterniser plus longtemps, car j'ai beaucoup de travail - malgré ce que mon post d'hier peut laisser supposer. Je vous laisse juste en charmante compagnie, celle de Brad Pitt et Cate Blanchett, qui se donnent la réplique dans le prochain film de David Fincher, The Curious Case of Benjamin Button. Il s'agit d'un conte fantastique tiré d'une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, dans laquelle un homme naît vieux et rajeunit au fil des années. Comme disent les jeunes, c'est "chelou" comme concept. Mais ça donne rudement envie... Sortie en fin d'année, un truc dans ce genre.


par Kaplan publié dans : Le film
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Vendredi 13 juin 2008

Jean-Claude Van Damme a ses fans. Je ne parle pas de ceux qui se moquent de ses élucubrations médiatiques et s'envoient les mp3 de ses aphorismes sur les cacahuètes, la drogue ou l'existence de Dieu. Non, il a de vrais fans, authentiques amateurs de films d'action, qui depuis une vingtaine d'années vouent un véritable culte à ce self made man bruxellois qui a fait du grand écart facial et du coup de pied retourné sa marque de fabrique.

Autant l'avouer, je ne fais pas partie de la clique. Depuis que j'ai vu Cyborg sur Canal +, lors d'un après-midi de désoeuvrement adolescent, j'ai plutôt classé l'acteur dans la catégorie des abonnés aux nanars. De fait, malgré un "pic de carrière" au début des années 90 grâce aux inoubliables Universal Soldier, Timecop et Chasse à l'Homme, Van Damme n'a jamais réussi à se départir de son image de star "bis", avec beaucoup de muscles mais pas beaucoup de talent. Ce qui s'est confirmé par la suite, sa filmographie accumulant les actioners banals à petit budget et sa vie privée prenant l'eau de toute part. Néanmoins, au fil des années, Van Damme a progressivement pris une dimension culte, autant grâce aux failles qu'il a laissées paraître (et aux sorties de route qui allaient avec...) que grâce à ses quelques tentatives de rendre du lustre à sa carrière en tournant avec des réalisateurs en vue comme Tsui Hark ou Ringo Lam. Ces derniers temps, l'acteur semble avoir pris la mesure de cette nouvelle dimension, comme en attestent ses tentatives d'autoparodie dans plusieurs publicités ou son apparition clin d'oeil dans un film comme Narco.

JCVD marque en quelque sorte le point culminant de cette prise de conscience et de ce "Van Damme Revival". Un peu à la manière d'un Last Action Hero passé à la moulinette de l'émission Strip-Tease, ce film de Mabrouk El Mechri permet à l'acteur d'incarner son propre rôle, ou plutôt une variation autour de ce que le grand public croit connaître de lui. Carrière en panne, divorce laborieux, compte en banque vide, c'est un Van Damme aux abois que nous découvrons en début de film, qui retourne dans sa Belgique natale pour se ressourcer. Manque de bol, il va se retrouver acteur principal d'une réelle prise d'otage dans un bureau de poste de la banlieue bruxelloise. Le vrai Jean-Claude va-t-il être à la hauteur du Van Damme de cinéma ?

Avec sa narration fragmentée, ses audaces stylistiques (apartés face caméra, film dans le film), ses clins d'oeil anecdotiques et ses arrangements avec la réalité, JCVD brouille les pistes et mélange les genres, alternant moments de comédie pure et instants de mise en abîme troublants, dans lesquels Van Damme semble se mettre à nu pour faire le bilan de sa vie tourmentée. Etonnant. La réalisation est fluide, inventive, et malgré le côté parfois pesant de son image désaturée, le film réussit le pari de mêler ultraréalisme et fantaisie, tout en ajoutant une bonne dose de cet "humour belge" si particulier, dont l'inénarrable François Damiens, en commissaire improbable, est le plus digne représentant. Bref, ce JCVD est un drôle d'OVNI. Si vous êtes aware, vous ne passerez pas à côté.

En salles depuis le 4 juin 2008.
par Kaplan publié dans : Le film
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Vendredi 23 mai 2008

Un peu d'histoire personnelle. Indiana Jones pour moi, c'est le héros fondateur. C'est des après-midi d'enfance passés dans le salon de mon oncle, qui était le premier de la famille à avoir un magnétoscope (je vous parle du début des années 80, là... mais si, un vieux JVC énorme avec la cassette qui s'éjectait par le dessus et une télécommande raccordée à l'appareil par un câble...) Des après-midi où je pouvais me repasser Les Aventuriers de l'Arche Perdue en boucle, enivré par cet extraordinaire cocktail d'aventure, d'humour, de romance et d'effroi. Indiana Jones, c'est un des pères fondateurs de ma cinéphilie. Je me souviens, comme si c'était hier, de la première fois que j'ai vu le Temple Maudit et la Dernière Croisade au cinéma. Autant dire que je suis un fan. Mais, quelque peu échaudé par le sacrilège dont s'est rendu coupable George Lucas avec sa trilogie de "prequels" Star Wars, j'ai appris que certains trésors doivent rester enfouis sous le voile de la nostalgie.

C'est donc avec le plaisir de retrouver un vieil ami perdu de vue, mais avec aussi un brin de méfiance, que je suis allé à la rencontre de ce nouvel épisode, Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal. Les circonstances exceptionnelles de la projection (au Festival de Cannes, en présence de toute l'équipe du film) avaient beau m'inciter à un enthousiasme disproportionné, un film reste un film, fût-il un Indiana Jones, et il s'agit de le juger comme tel. Autant le dire, je suis très mitigé. Pas déçu, parce qu'encore une fois j'avais su modérer mes attentes, même vingt ans après. Mais mitigé. A mes yeux, cet épisode souffre de nombreux défauts, dont le premier est un scénario complètement bancal, agrégat improbable d'idées déconnectées. Personnages inutiles ou mal écrits, situations incohérentes, bonnes idées mal exploitées, et surtout, MacGuffin foireux. Le MacGuffin, qu'est-ce que c'est ? Expression inventée par Hitchcock, elle désigne le fil conducteur de l'intrigue, qui n'est souvent qu'un prétexte à faire avancer l'action. Dans les Indiana Jones, il s'agit généralement d'un artefact : Arche d'Alliance, Graal ou autre. Ici, le MacGuffin est un crâne de cristal aux origines inconnues et au pouvoir prétendument incroyable. Le souci, c'est en premier lieu que ce MacGuffin ne prend pas sa source dans l'imaginaire collectif - un peu comme les pierres sacrées du Temple Maudit. C'est surtout que ses origines, une fois expliquées, font sortir Indiana Jones de son environnement habituel, entre archéologie de pacotille et théologie de bazar. Sans vouloir trahir les secrets du film, on entre ici dans un territoire complètement différent, qui n'est pas forcément mal vu, mais qui est mal négocié. Le fait que l'action du film se situe dans les années 50 justifie que l'on s'éloigne de l'esprit serial des premiers épisodes pour aller vers d'autres références, historiques et cinématographiques : en vrac, la Guerre Froide, le maccarthysme, la peur atomique, la peur du Rouge, les OVNIs, mais aussi les films de science-fiction, les films d'horreur de la Hammer, L'invasion des Profanateurs de Sépulture, L'Equipée Sauvage, Tarzan... Au passage, Spielberg et Lucas s'amusent à s'auto-citer : un peu d'American Graffiti, un peu de Rencontres du Troisième Type, un peu de Star Wars ("I have a bad feeling about this", c'est du Han Solo dans le texte, pas du Indy). Tous ces éléments sont abordés dans le film, mais au lieu de s'harmoniser, semblent créer une dissonance. Surtout, la grande thématique de ce quatrième épisode, à savoir le temps qui passe et le vieillissement du héros, est surtout évoquée en début de film, et par intermittence par certains personnages, mais assez peu vécue par Indiana Jones lui-même. Ce qui prive le film d'une teinte mélancolique qui lui aurait sans doute davantage convenu.

Mais on ne juge pas un film sur ce que l'on aurait aimé qu'il soit - juste sur ce qu'il est. Même ainsi, Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal nous laisse sur notre faim. Il est entendu que cette série ne s'est jamais distinguée par son réalisme ; mais dans cet épisode, à trois ou quatre reprises, on n'est plus dans l'invraisemblable, on est carrément dans le cartoon. L'équilibre subtil d'action, de fantastique et de comédie trouvé par Spielberg dans les épisodes précédents (et surtout dans le premier, indépassable) est ici rarement atteint, et le grand morceau final, qui est traditionnellement une apothéose, est plutôt raté, notre héros se retrouvant davantage spectateur qu'acteur des événements. C'est dommage, car comparé à bon nombre de blockbusters américains, cet Indiana Jones est doté d'un charme, d'un tempo et d'une élégance rares. Certaines séquences, notamment l'introduction dans le hangar (délire dans la salle lorsque le personnage apparaît), l'explosion atomique ou la poursuite à moto, sont d'une grande efficacité, et à plusieurs reprises on retrouve un peu de la magie des premiers épisodes - grâce à Harrison Ford, en très grande forme malgré ses 65 ans, et surtout grâce à Spielberg, qui témoigne encore d'un savoir-faire inégalé lorsqu'il s'agit de trousser une bonne scène d'action. Bref, cet Indiana Jones n'est pas une grande réussite, ce n'est pas non plus vraiment un ratage. Contrairement aux derniers Star Wars, le mythe original n'a pas été ruiné. Mais il a difficilement passé l'épreuve des années. A moins que ce soit moi...

En salles depuis le 21 mai.

par Kaplan publié dans : Le film
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Jeudi 1 mai 2008

Quand j'étais gamin, j'avais un imaginaire plutôt développé où les super-héros occupaient une part assez importante. Mais pas n'importe quels super-héros : ceux des éditions Marvel. Bien sûr, il m'est arrivé de lorgner du côté de Batman ou Superman (les personnages emblématiques du grand rival de Marvel, DC Comics), mais dans l'ensemble c'est pour les héros Marvel que j'ai toujours eu un faible. Je lisais tout : les Strange, les Special Strange, les Titans, les Nova, les Spidey, qui compilaient les aventures des différents personnages créés par Stan Lee, Jack Kirby et les autres. Tous ces vieux magazines sont encore quelque part, dans le grenier de mes parents. Certains doivent être collector aujourd'hui... Mais je m'égare. Pour le petit garçon que j'étais, chaque nouveau numéro était un événement. J'avais mes préférences. Les X-Men d'abord (période John Byrne), mais aussi Daredevil (période Frank Miller) ou encore Iron-Man, l'un des rares personnages Marvel à ne pas avoir de pouvoir - il tirait sa puissance de son génie qui lui avait permis de mettre au point une armure hyper sophistiquée. Depuis, les années ont passé, comme dit la chanson. Je ne lis plus guère de comic books, mais je garde pour les super-héros une nostalgie tenace.

Récemment, les studios hollywoodien ont jeté leur dévolu sur les super-héros Marvel et ont décidé de porter méthodiquement leurs aventures à l'écran. Avec plus ou moins de bonheur : pour un X-Men 2 ou un Spiderman 2 plutôt réussis, la plupart des adaptations ont été des ratages, de pauvres prétextes à des déluges d'effets spéciaux sans queue ni tête. En matière de film de super-héros, tous éditeurs confondus, seul Batman peut se targuer d'avoir été vraiment bien traité, par Tim Burton puis par Christopher Nolan (on passera pudiquement sous silence la période Joel Schumacher).

Aujourd'hui vient de sortir sur les écrans ce que je qualifierais de vraie première réussite pour les studios Marvel : Iron-Man. Il s'agit là d'un blockbuster décomplexé, extrêmement fidèle à l'esprit de la B-D originale et utilisant au mieux les outils du cinéma pour la convertir en superproduction d'excellente facture.
La particularité d'Iron-Man, outre celle mentionnée plus haut, c'est qu'il n'est pas un héros malgré lui qui pleurniche sur son sort, à la différence de la plupart de ses collègues. Ce Tony Stark est avant tout un personnage immoral, vendeur d'armes, playboy milliardaire, buveur et cavaleur, qui à la faveur d'une prise de conscience tardive, décide de devenir justicier. Pas parce qu'il y est obligé ou condamné, mais parce qu'il aime ça ! Or le film est à l'image de son héros : totalement débridé, clinquant, tapageur... et vaguement cynique. On trouve en effet, sous le vernis sans reproche de la grosse production américaine (les effets spéciaux sont de toute beauté), un discours à double détente sur l'industrie de l'armement et l'interventionnisme américain. En bref : fabriquer et vendre des armes c'est mal, faire la guerre c'est encore pire, mais c'est toujours bien d'avoir quelqu'un pour faire le sale boulot quand il s'agit de flinguer quelques salopards.

Bref, la morale de l'histoire est loin d'être blanche ou noire. Pour le reste, le film est assez bien construit (trois actes clairs, comme toute origin story qui se respecte, avec une mention spéciale à la fabrication de l'armure qui n'est pas sans rappeler un Batman Begins en plus "bling bling"). Le tout est mené tambour battant, et surtout, surtout, repose en grande partie sur la qualité de la distribution. Robert Downey Jr, l'enfant terrible aux frasques trop bien connues, se glisse dans la peau de Tony Stark comme s'il incarnait son propre rôle. Sardonique et charmeur, trop porté sur la bouteille, il dégaine les répliques aussi vite que ses rayons répulseurs. Autour de lui, Jeff Bridges fait le méchant avec son talent habituel (mais oui enfin, on parle bien de The Dude !), Gwyneth Paltrow est super craquante et Terrence Howard joue les utilités en attendant les prochains épisodes. Bref, cet Iron-Man ouvre en fanfare la saison pré-estivale propice aux grosses machines hollywoodiennes, et elle le fait avec une certaine classe. Si l'on sait passer outre le ridicule inhérent à toute histoire de super-héros, le plaisir est assurément au rendez-vous.

En salles depuis le 30 avril.

par Kaplan publié dans : Le film
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Mercredi 9 avril 2008

Pardon, pardon, mille fois pardon pour ce titre vraiment trop facile. Mais au-delà du jeu de mots foireux se cache une douloureuse réalité : chez les Tudor, dynastie qui régna durant près de 120 ans sur l'Angleterre, on passait beaucoup de temps au lit. à faire toutes sortes de galipettes et à jouer aux chaises musicales. Il faut dire qu'à l'époque, les gens n'avaient pas de console ni de parabole, donc il fallait bien s'occuper pendant les longues nuits d'hiver.

Pourquoi je vous parle de ça ? Eh bien parce que les Tudor font parler d'eux en ce moment. Coïncidence de l'actualité du cinéma et de la télé française, nous pouvons voir en ce moment sur le grand comme sur le petit écran des oeuvres consacrées au destin tumultueux de cette bouillonnante famille, et en particulier à celui du roi Henry VIII, qui occupa le trône de 1509 à 1547. Puissant monarque issu des Capétiens et des Plantagenêt, il fut le contemporain de Charles Quint et François Ier, avec lesquels il entretint un complexe chassé-croisé d'alliances et d'affrontements, il fut influencé par le philosophe humaniste Thomas More (avant de le faire exécuter), mais il est surtout célèbre pour avoir provoqué le schisme avec l'Eglise catholique qui donna naissance à l'Eglise anglicane. Voilà pour la minute Alain Decaux. Accessoirement, Henry VIII était un sacré coureur de jupons puisqu'il prit pas moins de six épouses, de Catherine d'Aragon à Catherine Parr. Avec certaines, il se contenta de divorcer. D'autres moins chanceuses furent décapitées, notamment la tristement célèbre Anne Boleyn, celle pour laquelle il provoqua justement la séparation avec l'Eglise de Rome. Parallèlement, il conçut un certain nombres de bâtards, mais cela fait partie des petites joies de l'époque.

Bref, un sacré personnage historique, qui a déjà fait l'objet de plusieurs évocations au cinéma (notamment dans Un Homme pour l'Eternité, de Fred Zinnemann, avec le récemment disparu Paul Scofield dans le rôle de Thomas More). Aujourd'hui, Henry VIII est à l'affiche d'un film (Deux Soeurs pour un Roi) et d'une série (Les Tudors, avec un S, je ne sais pas pourquoi) en cours de diffusion sur Canal+. Pour vous, j'ai testé les deux.

Commençons par le film, réalisé par Justin Chadwick. Eric Bana est Henry VIII, et son coeur balance entre les deux soeurs Boleyn : la douce Mary (Scarlett "vavavoum" Johansson) et la vénéneuse Anne (Natalie "ggrrrr" Portman). L'esprit sans doute obscurci par l'improbable coiffe molle qu'il arbore en toute occasion sauf au saut du lit, Henry VIII passe de l'une à l'autre sans trop savoir ce qu'il veut, et nous non plus d'ailleurs. Prêt à mettre le royaume à feu et à sang pour le simple privilège de posséder Anne à la hussarde sur une table en chêne massif, il passe beaucoup de temps à réfléchir en se triturant la barbiche. Finalement, il fait décapiter Anne (ce n'est pas un spoiler, c'est dans les livres d'histoire), il crée l'Eglise anglicane (expédié en cinq minutes) et Mary part vivre à la campagne avec son bâtard de gamin, bref pour elle ça finit bien. Vous l'aurez compris, c'est un mauvais film. Ni fait ni à faire, mal joué (Scarlett a toujours la bouche ouverte, Natalie a toujours un regard en coin du genre "ouais, ouais, tu vois ce que je veux dire"), la palme revenant à Eric Bana, aussi fade qu'un yaourt light aux endives. A moins qu'elle revienne à David Morrissey, qui après sa participation au désastreux Basic Instinct 2, coule consciencieusement sa carrière avec une prestation perruquée qui restera dans les annales. Le déroulement de l'intrigue bascule sans cesse du très chiant à l'incompréhensible, et le tout est filmé comme un épisode de Louis la Brocante. Bref, à fuir.

A côté de cet Azincourt cinématographique, la série Les Tudors ressemble un peu à Citizen Kane. Ambitieuse saga en 10 épisodes (pour la saison 1), produite par la chaîne américaine Showtime avec un confortable budget, Les Tudors reprend peu ou prou la recette qui a fait le succès de la série Rome : reconstitution soignée mais prenant des libertés avec l'authenticité historique, intrigues politiques et personnelles entremêlées, le tout ponctué de fréquents intermèdes à caractère sexuel.
Un épisode des Tudors, ça ressemble à ça : et hop, vas-y que je complote pour étriller le Duc de Buckingham, et hop, vas-y que je besogne une drôlesse, et hop, vas-y que je vais chasser le goupil dans les bois. Raconté comme ça c'est pas forcément excitant mais à l'écran ça se laisse regarder avec beaucoup de plaisir, notamment grâce au côté soap opéra complètement assumé et à un casting de premier ordre : l'énergie de Jonathan Rhys-Meyers crève l'écran dans le rôle d'Henry VIII, même si les documents d'époque laissent entendre que le monarque ressemblait plus à Carlos qu'à un mannequin Hugo Boss. A ses côtés, les excellents Sam Neill et Jeremy Northam jouent les éminences grises, et la troublante Natalie Dormer insuffle à Anne Boleyn un sex-appeal corrosif qui rend assez crédibles les coups de sang irrépressibles d'un roi Henry transformé en loup de Tex Avery.

Bref, Les Tudors, c'est mon petit plaisir coupable du lundi soir sur Canal. Pour moi qui ne suis pas vraiment accro aux séries (à part Rome justement, ou bien Dexter... et je continue de suivre Nip/Tuck comme on continue de fréquenter un vieux copain avec lequel on n'a plus grand chose en commun), c'est déjà un exploit que de me fixer un rendez-vous hebdomadaire fixe devant le petit écran. Mais dix épisodes, finalement, ça passe vite. La saison 2 vient de démarrer aux Etats-Unis. Et vous, vous glisserez-vous dans la couche des Tudor ?

Deux Soeurs pour un Roi, en salles depuis le 2 avril.
Les Tudors, tous les lundis à 20h50 sur Canal+.

par Kaplan publié dans : Le film
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Mardi 1 avril 2008

Les films de Wes Anderson sont comme des poupées russes. Etrangement ressemblants, souvent parés de couleurs vives et de charmes exotiques, ils semblent se décliner à l'infini, chacun étant une variante du précédent, avec des détails différents et des formes nouvelles. The Darjeeling Limited, cinquième long-métrage du réalisateur, ne déroge pas à la règle. On est bien face à une nouvelle poupée, un nouvel univers miniature, qui dresse de nombreuses passerelles avec ses prédécesseurs, tout en se suffisant à lui-même, petite pièce d'orfèvrerie unique et délicate. Cette poupée-ci, que nous dit-elle ? Elle nous embarque vers une Inde fantasmée, à bord d'un train incroyable où trois frères ont décidé de se retrouver pour renouer les liens qui se sont distendus depuis la mort de leur père. Le voyage se veut spirituel, mais avec ces trois énergumènes aux vies cabossées, cela s'annonce compliqué.

Mais revenons aux passerelles. Aux poupées russes... Le casting tout d'abord : Owen Wilson, Jason Schwartzman, Anjelica Huston, Walis Ahluwalia et même Bill Murray, tous des habitués de la filmographie d'Anderson, sont de la partie (signalons au passage l'arrivée très remarquée d'un petit nouveau, Adrien Brody, qui dévoile ici des talents comiques réjouissants). Les thématiques bien sûr : de La Famille Tenenbaum à La Vie Aquatique, et dans une moindre mesure, même dans Rushmore (j'avoue ne pas avoir vu Bottle Rocket, le "grand frère" de toutes ces oeuvres), on retrouve dans les films de Wes Anderson une obsession récurrente pour les personnages légèrement en marge, les familles boiteuses, les pères et les mères absents ou fautifs, les enfants délaissés, les fratries déchirées - toujours sur le mode de la fantaisie décalée, du spleen amusé - mais on retrouve aussi une certaine obsession pour le deuil. La mort est souvent présente, qui rode ou qui pèse sur les épaules des personnages : la mort d'un fils, la mort d'un père, la mort d'un ami. Le style enfin : il y a une "signature" Wes Anderson, reconnaissable entre mille, avec ses cadrages en cinémascope, son usage des focales courtes, ses ralentis élégants, ses bandes-originales soignées (celle de Darjeeling ne fait pas exception, qui passe des Kinks à la musique indienne et de  Debussy à Joe Dassin dans un même élan), son souci des costumes et des accessoires (mention spéciale ici aux créations de Louis Vuitton), ses sorties de route narratives qui font de ses films des sortes de digressions permanentes, et enfin ses gimmicks (la grande maison des Tenenbaum, le sous-marin de La Vie Aquatique, le train du Darjeeling... le requin géant de La Vie Aquatique, le tigre mangeur d'hommes du Darjeeling... on a souvent encore un pied en enfance chez Anderson).

Bref, chez ce réalisateur, tout se tient, tout s'emboîte, tout s'équilibre, comme dans une pièce montée ou une maquette méticuleusement agencée, pleine de détails foutraques et parfois inutiles, mais fascinante comme un monde qui tiendrait dans une valise. La valise du Darjeeling Limited est siglée Vuitton, mais elle déborde d'épices, de vents chauds, de plumes de paon et de serpents venimeux. Elle est aussi pleine de tendresse, de nostalgie et d'amours fugaces. C'est sans doute la plus jolie, la plus précieuse des poupées russes de Wes Anderson. Elle est en prime accompagnée d'un court-métrage, Hôtel Chevalier, séduisant prélude parisien à ce voyage en orient. Alors n'hésitez pas, montez à bord.


Les poupées russes, Cédric Klapisch en connaît aussi un rayon à leur sujet. Non seulement il en avait fait le titre et la symbolique de son film précédent, mais il en adopte aussi, de film en film, la logique répétitive. Cinéaste inégal mais aimable, Klapisch est sans contestation possible, très doué pour capter l'air du temps. Ce qui fait battre le coeur de ses contemporains, ce qui leur pourrit l'existence, ce qui les bloque ou les libère, il essaie à chaque film ou presque de le saisir au vol et parvient souvent à le convertir en message aisément fédérateur.

Après des Poupées Russes qui s'intéressaient aux affres sentimentales et existentielles des trentenaires, voici un Paris qui élargit le spectre (on embrasse ici une galerie de personnages allant des étudiants aux quinquagénaires) mais resserre le zoom (on passe des pérégrinations européennes du film précédent à une série de chassés-croisés parisiens, exception faite d'un détour par l'Afrique). En prenant le parti de passer d'un personnage à l'autre pour dresser une sorte de "carte du tendre" de notre époque, la capitale faisant ici office de grande machine à brasser les destins, Klapisch réalise un film mosaïque - ou si l'on préfère, un film poupées russes, chaque personnage pouvant contenir le suivant, et inversement. Ces poupées russes qui se déclinent, elles déclinent aussi les thèmes chers au réalisateur (l'ouverture à l'autre, la mixité, le croisement des genres, des peuples, des classes sociales), autant de thèmes qui au final pourraient se résumer à un seul : vis ta vie, à chaque seconde, à fond, tant que tu le peux.

Ce message auquel chacun pourra s'identifier, enfin je l'espère, Cédric Klapisch l'assène avec plus ou moins d'adresse, la structure même de son film faisant la part belle à certaines histoires plutôt qu'à d'autres. Ainsi Romain Duris et Juliette Binoche, magnifiques frère et soeur, forment le coeur irréfutable de l'ensemble, au détriment, par exemple, de Karin Viard, Mélanie Laurent ou François Cluzet, dont les parties restent franchement inabouties. Il en résulte un film bancal, forcément sympathique, mais qui laisse comme un goût d'inachevé. Cela dit Paris, au fond, ce n'est jamais fini...

A bord du Darjeeling Limited, en salles depuis le 19 mars.
Paris, en salles depuis le 20 février.

par Kaplan publié dans : Le film
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Jeudi 20 mars 2008

A défaut de pouvoir aller au cinéma (et pourtant, il y en a, des films que j'ai envie de voir ! Gondry, Klapisch, Claudel, Wes Anderson, et j'en passe...) je me contenterai pour l'instant de parler de cinéma, et en particulier d'un film qui s'annonce comme l'une des meilleures comédies de l'année. Non, je ne parle pas de Bienvenue chez les Ch'tis (tiens, il n'est pas sur ma wish list, celui-là...) mais de Tropic Thunder, un film signé Ben Stiller et réunissant un casting alléchant : Stiller lui-même, Jack Black, Robert Downey Jr, Steve Coogan, Nick Nolte, et même, murmure-t-on (SPOILER !), Tom Cruise dans un caméo très surprenant. L'histoire : une bande d'acteurs tous plus ou moins azimutés doit participer à un film sur la guerre du Vietnam. Le tournage en Asie, compliqué dès l'origine par les crises d'ego des différentes stars, dérape totalement lorsque des rebelles armés les prennent vraiment pour des soldats américains et les kidnappent. A la fois comédie d'action et satire hollywoodienne (Robert Downey Jr a l'air carrément génial en "method actor" métamorphosé en black pour les besoins de son rôle), ce projet semble prouver qu'on peut produire une comédie à très gros budget, avec de très grosses stars, et être quand même D-R-Ô-L-E. Reçu, Asterix ? On jugera sur pièce fin août aux Etats-Unis, et mi-octobre en France. En attendant, voici la bande-annonce...

 

par Kaplan publié dans : Le film
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