Lundi 29 juin 2009
Davis Foenkinos a du style, de la sensibilité et de l'humour,
il sait parler des femmes et de l'amour, ou du moins il sait écrire à leur sujet. Il le prouve encore avec Nos Séparations, son dernier roman, dont je me suis emparé après avoir lu la
critique plutôt élogieuse de Thierry Richard. Nos Séparations est un roman bref, fluide, que l'on parcourt avec la même aisance que celle avec laquelle on s'abandonne au plaisir d'une comédie romantique - une bonne comédie romantique, c'est-à-dire un peu sucrée mais avec un arrière-goût amer, et où le romantisme n'aseptise pas les connotations sexuelles...
Il nous fait suivre, sur une période de plusieurs années, l'histoire d'amour belle et compliquée de Fritz et Alice, un couple que la vie va unir, séparer, réunir, séparer de nouveau, etc. On valse en permanence entre les situations classiques, voire convenues (les tensions culturelles et familiales, les éclipses de la passion, les disputes sans queue ni tête, les tentations d'aller voir ailleurs, les excuses que l'on se donne pour y aller...), et des passages vraiment originaux, comme les scènes de séduction et de retrouvailles entre les protagonistes, ou comme toute l'improbable parenthèse bretonne durant laquelle notre héros en perdition s'improvise vendeur de cravates. A certains moments, on se croirait presque dans du Paul Auster, avec les sorties de route arbitraires et les petites histoires gigognes (la fille qui écrit un roman dont la fin est similaire au roman que l'on est en train de lire, etc.) A d'autres, on se dit que l'on a vraiment l'impression d'avoir déjà lu cette histoire une bonne douzaine de fois. Il faut bien avouer que beaucoup d'histoires d'amour se ressemblent, en bien comme en mal, et que malgré tout son talent, son sens de la formule qui fait mouche et son humour tendre, David Foenkinos n'a pas forcément cherché à réinventer le genre. L'impression de déjà-vu, voire de facilité, est donc tenace, et on le regrette d'autant plus que l'auteur déploie par ailleurs une authentique séduction.
Reste un roman agréable, dont on aurait pu attendre plus, sur le dénouement notamment, mais qui nous confirme, si besoin était, que nos vies sentimentales sont bien fragiles, qu'elles se brisent parfois d'un simple geste, d'un mot, d'un regard ou d'un coup de rein, et que leurs éclats sont bien difficiles à réparer... ou à balayer.
Après avoir refermé Impardonnables de Phlippe Djian, qui m'a franchement
laissé de marbre tant sur la forme que sur le fond (mais je ne suis pas un grand habitué des romans de Djian...), je me suis dit : "bon, y en a marre des romans sur des mecs veufs qui élèvent
seuls leurs enfants et qui boivent pour oublier (en gros c'était
Hasard des sorties littéraires. Coïncidence troublante. Les trois derniers romans dans
lesquels je me suis plongé ont tous pour narrateur un homme confronté - ou qui a été confronté - à la perte de sa femme (disparition, mort subite, meurtre...) et qui se retrouve, du jour au
lendemain, seul pour élever son ou ses enfants.
Scotché. Ce livre m'a scotché. Dès les premières lignes, la voix de son auteur a
résonné en moi comme résonne le fracas des vagues sur une plage en hiver. Cette image n'est pas gratuite, tant la mer occupe une place centrale dans ce nouveau roman d'Olivier Adam : Des Vents
Contraires.
Bon, OK, d'accord, j'ai présumé de mes forces.
Je me suis vu trop beau. J'ai mal évalué mes ressources. Parfois, ça arrive, que veux-tu l'ami. Quand je l'ai acheté il y a quelques semaines, en même temps que La meilleure part des
hommes et Un chasseur de lions, je me suis dit, toi mon vieux, avec tes 1200 pages et ton papier pas plus épais qu'une feuille à cigarette, je te garde pour la fin, tu passeras après
les deux autres, tu ne perds rien pour attendre, tu vas voir ce que tu vas voir. Crois-moi, ça prendra le temps que ça prendra, mais j'aurai ta peau, je te lirai, jusqu'au dernier mot. Le dernier
mot d'ailleurs, c'est moi qui l'aurai !
Ian McEwan et Jean-Paul Dubois sont deux auteurs dont j'aime la compagnie. En tout
cas, j'aime la compagnie de leurs livres. J'aime les lire, et j'aime les avoir là, dans ma bibliothèque, à portée de main. Les livres sont un refuge, et il est réconfortant de sentir la présence
d'écrivains avec lesquels on partage une fraternité. Il était donc normal de faire "ma" rentrée littéraire avec le nouveau roman de ces deux auteurs que j'affectionne. Je m'offre le loisir de leur
dédier une chronique commune car, au-delà de leur style et de leur univers bien distincts, ces deux romans ont en commun d'aborder la question du couple, du mariage, et des barrières invisibles qui
se dressent souvent entre les hommes et les femmes.