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Mardi 1 juillet 2008

Voilà une adresse qui était dans mon viseur depuis quelques semaines et une certaine chronique de François Simon qui m'avait mis l'eau à la bouche. Après avoir officié dans les cuisines du bistrot (réputé) de la rue Paul Bert Le Temps au Temps, le jeune chef Sylvain Sendra a récemment ouvert avec son épouse une deuxième adresse Rive Gauche, baptisée Itinéraires. La simplicité des plats présentés et l'aspect engageant de la formule à 34 € entrée-plat-dessert (29 € avec entrée-plat ou plat-dessert) m'ont donné envie d'essayer le lieu, ce que nous avons fait entre amis la semaine dernière. Notez bien que la grande table du fond accueille jusqu'à huit personnes (nous étions dix en fait, mais nous avons abusé de la gentillesse de nos hôtes)...

Vaste salle claire et aérée, accueil sympathique, nous voilà confortablement installés devant une grande ardoise qui fleure bon le produit frais : quatre entrées, cinq plats et quatre desserts roulent des mécaniques devant nos appétits affûtés. On sent d'emblée que le chef essaie de combiner une certaine idée de la tradition bistrotière avec quelques touches d'exotisme malicieux. Au programme ce soir-là : Rillettes de sardine et sorbet de cornichon ; Langue de veau croustillante et guacamole d'épices ; "Mon" gaspacho de tomate ; Cocotte de lotte au lard fumé, petits légumes croquants ; Risotto aux asperges vertes ; Râble de lapin à l'estragon, crème de céleri à la vanille ; Compotée fenouil et vanille, glace chèvre et miel ; Tarte au citron "revisitée" ; Tarte au chocolat, glace cacahuète.

N'ayant pratiquement pas pioché dans l'assiette de mes camarades, je ne pourrai donner d'avis détaillé que sur mes propres choix, qui se sont révélés plutôt bons. Langue de veau en entrée : une vraie douceur, croustillante et fondante, accompagnée d'un guacamole un peu relevé et de fines lamelles de kiwi et de radis noir. Bref, excellente mise en bouche dont j'aurais tout de même préféré une plus jolie portion. Mais l'adresse se distingue moins par l'abondance que par la qualité... Risotto en plat de résistance : voilà un plat auquel je ne résiste jamais, le risotto aux asperges. L'un de mes péchés mignons. Dans ce cas précis, l'impression est mitigée : asperges irréprochables de fraîcheur et de croquant, cuisson impeccable du riz, mais je regrette la saveur dominante d'un bouillon corsé qui vient un peu brouiller les pistes. Dommage. En dessert, j'opte pour la tarte au chocolat avec sa glace à la cacahuète, accompagnée de quelques fines tuiles de caramel. Un dessert pas forcément léger, mais plutôt direct, franc du collier, ce que l'on ne peut pas vraiment dire de la tarte au citron revisitée de mes voisins (assez décevante) ni de la compotée fenouil et vanille, glace chèvre et miel (déroutante combinaison de saveurs, un pari plutôt payant). Parmi les autres choix judicieux de mes camarades de tablée, signalons deux propositions hors ardoise, une spectaculaire entrecôte "simmental" accompagnée d'une non moins spectaculaire cocotte de pommes de terre rattes (réservée aux solides appétits) et une souris d'agneau sur purée maison, savoureuse mais aux portions nettement plus modestes. Le tout arrosé d'un Chinon 2005 (27€ la bouteille), choix raisonnable et sûr dans une carte des vins plutôt bien balancée dans ses références et ses prix.

Avec mes papilles de béotien et mes mots de néophyte, je dirais que cet Itinéraires est une adresse très recommandable sur la carte "bistronomique" parisienne. Sans atteindre des sommets de finesse, la cuisine y est fraîche, franche, appliquée. Elle combine juste ce qu'il faut d'inventivité et de tradition pour satisfaire tous les goûts, et contrairement à la plupart de mes expériences récentes, j'en suis sorti content... pour moins de 50€ par personne ! Enfin, ce qui ne gâche rien : un soir d'été, le quartier est charmant. Idéal pour une soirée entre amis...

5 rue de Pontoise, Paris V, M° Maubert Mutualité, 01 46 33 60 11.


par Kaplan publié dans : Le resto
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Vendredi 20 juin 2008
L'objectif de ce blog, lorsque je l'ai créé, était de parler de tous les sujets qui me tiennent à coeur, et d'essayer de les approcher d'une manière personnelle : tantôt superficielle, tantôt argumentée. De sauter du superflu à l'essentiel, au gré de mes humeurs, de l'actualité ou de mes coups de coeur, pour dresser une sorte de "journal presque intime" de ce qui fait mes grands bonheurs et mes petites inquiétudes au jour le jour.

Parmi mes grands bonheurs, les plaisirs de la table (enfin, les plaisirs en général, mais il en est dont il serait peu convenable de parler ici...) figurent en bonne place. Vivant à Paris, je dispose d'un champ quasi infini en matière d'explorations culinaires, et j'ai voulu exploiter la liberté que ce blog me procure pour m'essayer à la chronique de restaurants. Pari délicat ! D'une part parce que je ne dispose pas d'un "bagage" gastronomique me permettant de juger précisément du savoir-faire déployé en cuisine, d'autre part parce que je ne mets pas forcément en oeuvre tous les moyens requis (temps, argent, hygiène de vie, whatever) pour suivre l'actualité trépidante de la restauration parisienne. Etant un lecteur assidu de blogs consacrés à la question, je suis malheureusement bien obligé de me rendre à l'évidence : je suis souvent en retard de dix wagons sur les adresses à découvrir, et je ne maîtrise pas assez les finesses de l'art culinaire pour lui rendre justice. Pour s'en convaincre, il suffit de lire la prose inspirée d'un Thierry Richard ou de parcourir les comptes-rendus méthodiques d'un Chrisos, entre autres.

Néanmoins, l'exercice de la chronique reste à mes yeux passionnant. Car même pour le profane que je suis, l'intérêt est de décrire, avec les outils qui sont à ma portée, mes emballements ou mes déceptions ; d'aller, avec des mots choisis, au plus près d'une émotion ressentie ; de saisir l'alchimie imprévisible entre le charme d'un lieu, le bonheur d'une bonne compagnie, la qualité d'un accueil, la fraîcheur d'un aliment, la simplicité évidente ou la complexité surprenante d'une recette, la séduction impénétrable d'un vin. Pour moi qui ne sais qu'écrire et qui n'a de cesse de chercher le mot le plus juste en chaque circonstance, le défi est certes de taille, mais il est enthousiasmant. En m'attablant devant une assiette, je ressens le double plaisir d'en découvrir les secrets, mais aussi d'essayer de leur rendre justice par les mots : j'y trouve une satisfaction personnelle, mais j'espère surtout donner envie à celles et ceux qui me lisent de pousser la porte de l'adresse visitée.

C'est là que le bât blesse. Ces derniers temps, mes explorations des tables parisiennes se sont révélées trop décevantes pour que j'en tire le moindre paragraphe à peu près digne d'intérêt. Déjà trop pris par un emploi du temps chargé ou par des empêchements de toutes sortes pour tester autant d'adresses que je l'aurais souhaité, j'ai qui plus est joué de malchance dans mes choix. Bistrots quelconques, brasseries sans originalité ou solutions de secours mal inspirées, on ne peut pas dire que mes dernières expériences aient été couronnées de succès. Prenez le week-end dernier, par exemple. En prévision d'une soirée à quatre un peu improvisée, me voilà un samedi en milieu de journée en quête d'une table à essayer. Mes premiers choix se portent, en vrac et sans préférence de quartier, sur Itinéraires, L'Epigramme, Le Troquet de Christian Etchebest, Le Baratin. Tous complets. Je tente d'autres options, dont le Bistrot Paul Bert, un grand classique, un de mes chouchous : complet aussi. D'autres possibilités s'effacent d'elles-mêmes : trop excentré, trop cher, trop branché...

Finalement, nous nous "rabattons" sur Astier, rue Jean-Pierre Timbaud, dans le XIème. Une cuisine de tradition, des avis assez encourageants, un menu à 30 € avec entrée, plat, plateau de fromages et dessert. Et en plus, ils ont de la place ! Nous voilà partis, réservation pour 21h30. Une table pour quatre, coincée à l'étage, cernée par deux grandes tablées bruyantes. Un service sympa, mais qui tarde (beaucoup) trop à prendre notre commande. Les entrées : un consommé aux petits pois servi trop froid, des croustillants d'oreille de cochon sans assaisonnement. Les plats : un filet de rascasse famélique, un lapin en cocotte de belle tenue, avec ses légumes frais et croquants, un tendron de veau présentant une viande de bonne qualité mais d'une préparation peu inspirée, avec quelques maigres carottes en guise d'accompagnement. Un plateau de fromages assez commun, sans vrai "stand out" à signaler. Et des desserts mal dégrossis, engoncés dans leur intitulé, comme ce pâté en croûte de framboises et rhubarbe servi avec une quenelle de crème. Bref, rien, trois fois rien. Et à 50 € par personne, on ne peut s'empêcher de penser qu'au même prix, il y a forcément mieux, plus clair, plus inventif, plus pétillant, plus chaleureux. Tout sauf cette banalité dans l'assiette, ce no man's land de l'art de vivre.

Bref, ce n'est pas une période faste en matière de restaurants. Mauvais choix, mauvais timing, en tout cas rien qui sorte du tout-venant. Mon assiette fait la tête (sauf à la maison, bien sûr...) Mais je suis bien décidé à reprendre les choses en main, et vite fait. Les bonnes choses sont trop précieuses pour être galvaudées.
par Kaplan publié dans : Le resto
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Mercredi 20 février 2008
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Afaria, enfin. Plusieurs mois après son ouverture qui fut accompagnée d'un concert d'éloges quasi unanimes, j'ai enfin poussé la porte de ce restaurant considéré par beaucoup de chroniqueurs comme l'une des "bonnes surprises" de 2007. Profitant de la visite parisienne d'un oncle de Gascogne (c'est comme un oncle d'Amérique, mais en mieux), j'ai pris mon courage à deux mains et me suis enfoncé dans les bas-fonds du XVème arrondissement ("Oh mon dieu ! Un bigfoot ! Ah non, c'est une vieille dame en fourrure...") à la découverte de ce bistrot un peu planqué du côté de Convention.

Bon, amener un natif du sud-ouest dans un bistrot d'inspiration basque (le jeune chef, Julien Duboué, est presque un "pays" puisqu'il est originaire de Peyrehorade, dans les Landes) peut se révéler un pari casse-gueule. Mais Afaria, ce n'est pas le troquet basque à la papa, avec l'atxoa obligatoire et le dernier CD de Michel Etcheverry en fond sonore ! C'est plutôt du terroir revisité, de la cuisine un peu insolente, qui bouscule les produits traditionnels, le tout dans une déco épurée, jouant à peine la carte des racines euskadiennes : un jambon qui pend au plafond, quelques piments d'Espelette clairsemés, du linge basque discret sur les tables.
D'emblée, l'endroit se révèle plaisant... et bondé. Nous sommes vendredi soir et nous avons réservé pour le second service, mais il nous faudra attendre un bon quart d'heure pour qu'une table se libère. Ce qui nous laisse le temps d'examiner la configuration des lieux, avec sa grande table d'hôte près de l'entrée, réservée aux amateurs de tapas... A essayer. Pour l'heure nous nous contenterons de la formule "multicarte" en salle, avec ses différentes thématiques déclinées en entrée-plat-dessert.

Nous voilà à table. Incontournable, j'opte en entrée pour le fameux boudin en croûte de moutarde, qui a fait tant couler d'encre - et de salive. La star est à la hauteur de sa réputation. Oubliez vos préjugés sur le boudin (si vous en avez), cette entrée est légère comme un nuage et se dévore en quatre coups de fourchette. Deux couches de boudin entourent tendrement une couche de pommes, le tout réhaussé d'une nappe de moutarde croquante. A vrai dire, j'aurais aimé que le plat soit servi plus chaud, mais tel quel, c'est charmant. D'autres se sont essayés à la tourtière de canard coiffée de mâche, une expérience plaisante au premier abord, mais assez lourde sur le retour. Il vaut mieux avoir un solide appétit.

Arrivent les plats. Les adeptes de la diététique optent pour les produits de la mer : du maigre cuit en papillotte, direct, sans fioritures, et des saint-jacques toutes simples, belles et cuites avec précision, accompagnées de haricots rouges (je crois). Mon oncle de Gascogne, à la surprise générale, se laisse tenter par le magret de canard, servi dans sa carcasse et sur un lit de sarments, accompagné de pommes de terre en gratin. Une belle pièce de magret, pour deux, juste rôtie, encore saignante, légèrement caramélisée... Belle réalisation, mais pour celui qui a été élevé au magret, pas facile de surpasser le coup de main paternel. Pour ma part, fidèle à mes passions, je me régale d'un ris de veau braisé au Jurançon, servi sur des petites pâtes au jus de truffe. Copieux, savoureux, et généreux. Difficile après tout ça de prendre un dessert, mais deux d'entre nous se laisseront tenter, par un parfait glacé et un baba gascon - bien chargé en alcool, comme il se doit.

Afaria, sans me renverser, ne m'a pas déçu. Je m'attendais à un bistrot plus convivial, plus chaleureux. Sans doute vaut-il mieux venir en semaine... La cuisine est honnête, sagement inventive mais surtout proche du produit. Concernant les vins, je passe rapidement dessus. Soucieux de surveiller notre budget, nous n'avons pas fait de folies, et donc n'avons rien bu d'inoubliable : un vin de Pays d'Oc, St Roch 2004, étonnamment boisé, et un Mâcon rouge 2006, anecdotique. Au final, nous nous en sommes tirés pour un peu moins de 50 euros par personne, ce qui représente, aujourd'hui à Paris, plutôt une bonne affaire. A tester, donc... si vous n'avez pas peur de vous aventurer dans le XVème !

15 rue Desnouettes, Paris XV, M° Convention, 01 48 56 15 36.

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par Kaplan publié dans : Le resto
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Dimanche 3 février 2008
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Parfois, on a juste envie de partager une adresse toute simple, pour laquelle on a eu un coup de coeur, moins pour la qualité ou l'originalité de la cuisine qui y est servie, que pour le charme du lieu et les circonstances dans lesquelles on l'a découvert. C'est le cas aujourd'hui avec Pères et Filles.

Ce bistrot adorable de Saint-Germain des Prés, où pourtant je rôde assez souvent, c'est tout à fait par hasard que je l'ai découvert - au gré d'une promenade hivernale nimbée de soleil. Un de ces dimanches après-midi à Paris, où l'on arpente tranquillement les rues en quête d'un endroit qui nous fera de l'oeil. Rien de tel pour vous mettre en appétit ! Et nous voilà rue de Seine, en face d'une jolie devanture laissant deviner une vaste salle à la déco chaleureuse. L'ardoise annonce une formule entrée/plat ou plat/dessert à 20 €. Au menu du jour, des oeufs brouillés au chorizo et un cheeseburger. Il fait froid, la faim se fait pressante, c'est l'heure idéale pour un brunch décontracté. Nous entrons.

Autant le dire tout de suite, cet endroit m'a séduit. La décoration est agencée "à la manière" des bistrots d'antan, vieilles affiches, lustres imposants et bibliothèque garnie de livres. Mais surtout, la salle est vaste et claire, on se sent tout de suite à son aise. Il y a même un escalier menant à une petite mezzanine garnie de quelques tables en plus. Nous nous installons, accueillis par une équipe de serveuses aussi jolies que sympathiques  - même si l'on peut déplorer un peu d'attente avant de passer la commande et entre les plats. Nous nous laissons tenter par la formule du jour. Verdict : en entrée, les oeufs brouillés ne sont pas brouillés, ils sont liquéfiés, et le chorizo est inexistant. Déception. Quant au cheeseburger, sa viande est de qualité, le pain est un peu sec, le fromage est correct, et les frites sont délicieuses (faites maison, croustillantes et tendres, un régal). Bref, une impression plutôt positive. Au passage, nous avons jeté un oeil sur la carte, qui semble proposer, pour des prix tout à fait raisonnables, quelques standards de la cuisine de bistrot, entre boudin purée et entrecôte. 

Ce Pères et Filles, c'est à mon avis, le genre d'endroit qui se prête à merveille à une soirée entre amis, lorsqu'on recherche une grande tablée, une bonne ambiance, dans des prix abordables. La cuisine, pour ce dont j'ai pu juger, est sans génie, mais elle se tient. Il faudra revenir pour essayer mieux qu'un cheeseburger. Apparemment, le lieu est pris d'assaut en soirée, donc la réservation est obligatoire. A quand un anniversaire sur place ? Hein les copains ? Mmmm ?

81 rue de Seine, Paris VI, M°  Odéon, 01 43 25 00 28.

par Kaplan publié dans : Le resto
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Vendredi 25 janvier 2008
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Un soir frileux de janvier, dans Belleville ensommeillé. A la recherche d'un peu de réconfort, de chaleur, de sud, après une quête éperdue sur tout ce que le web compte de sites dédiés aux sorties nocturnes et aux bonnes tables parisiennes, nous débarquons Chez Ramona, humble gargotte espagnole issue d'un autre temps. Au rez-de-chaussée, qui fait office d'épicerie, une gentille mamie (Ramona, c'est elle) épluche patiemment des légumes. C'est sa fille, Kuka, qui nous accueille, avec simplicité et familiarité. Ici, on se tutoie tout de suite, pas de chichis. Cette native de Galice a su teinter ses manières de quelques accents de Paname et de formules en arabe. C'est Paris, c'est l'Espagne, on ne sait plus très bien où on est, mais on y est.

Pour manger, direction le premier étage. Une vingtaine de couverts, une déco de bric et de broc, un CD rayé en guise de musique d'ambiance, un chat qui nous passe entre les jambes et une vieille affiche de corrida pour la gloire de Julian Lopez, alias El Juli. La salle est vide, Kuka nous apprend qu'une quinzaine de personnes doit arriver "tard dans la soirée". Sans doute des convives réglés sur l'heure espagnole. Pas comme nous, qui mourons déjà de faim et de soif. Une San Miguel et beaucoup de vin (blanc, rouge, du Vino del Sol et du Sangre de Toro) viendront nous désaltérer. Pour nous rassasier, quelques entrées à picorer (des moules en sauce rouge, superbes, on s'en lèche les doigts et on sauce sans vergogne au fond de la cocotte, et des calamars frits, servis dans le plus simple appareil), et une magnifique paella qu'on nous porte à même le plat. Ici, ce sont les clients qui se servent, on se passe les assiettes, on se partage les couverts, c'est à la bonne franquette. La paella est copieuse, riche en ingrédients (surtout en fruits de mer) mais assez timide en assaisonnement. Dommage, car elle est généreuse. Mais pour 15 euros la part, on ne va pas se plaindre.

Arrivent nos voisins de table. Un attelage hétéroclyte au sein duquel nous reconnaissons une ex-star académicienne, incognito. En bout de table, un hidalgo improbable prend sa guitare et entame quelques accords de flamenco. Quelques spécialistes battent la mesure. On est en Espagne, on y est, on est bien, les coudes sur la table, la main sur la bouteille et le nez dans l'assiette. Kuka fait le spectacle, elle ressert une tournée d'aguardiente. On s'en sort pour une trentaine d'euros par personne, presque une pécadille - la prochaine fois, il faudra essayer les tapas. Chez Ramona, on vient et on revient pour la simplicité, la convivialité, l'envie de s'offrir une parenthèse ibérique à la sortie du métro. C'est un peu d'Espagne. Et c'est à Paris.

17 rue Ramponeau, Paris XX, M° Belleville, 01 46 36 83 55.
par Kaplan publié dans : Le resto
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Jeudi 20 décembre 2007

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Pas vraiment mes derniers coups de fourchette, puisque je m'apprête à rejoindre mon Sud-Ouest natal où pour les fêtes de Noël on mange du foie gras au petit déjeuner... Je veux parler ici des derniers restaurants testés avant 2008, trois adresses visitées ces dernières semaines, qui viennent clore une année de découvertes culinaires plus ou moins heureuses. J'espère que celle à venir sera encore plus riche et plaisante, et pas seulement sur ce plan...

- La Marlotte. Le lieu était sur mes tablettes depuis un certain temps, j'avais lu plusieurs bons avis à son sujet depuis sa reprise en 2007, et le passage du chef dans l'émission de Petitrenaud a encore plus aiguisé ma curiosité. A l'occasion d'une réunion d'anciens collègues frétillants de la fourchette (et pas seulement !), j'ai donc essayé ce resto proche de Saint-Germain, au cadre un peu désuet et au service assez guindé. Cuisine plaisante, jouant à fond le jeu de la fraîcheur avec une ardoise du marché, axée bistrot avec sa charcuterie, son andouillette, son boudin noir...  Déception en entrée (les charcuteries corses "Pascal Flori" étaient aux abonnés absents) rattrapée par un excellent pâté en croûte de volaille au foie gras et pistache et une sympathique terrine de campagne. Du bon produit, suivi par une spectaculaire côte de boeuf pour deux personnes (Hereford Prime Ireland) particulièrement savoureuse et une côte de porc noir de Bigorre de belle qualité mais vraiment de taille fillette, le tout accompagné de frites maison servies dans un cornet fort original. Rien à redire, c'est de bonne facture, mais ça reste quand même un peu "en dedans", ça manque de franchise et d'élan, tout comme l'assiette de fromages "de chez Quatrehomme", qui pour tout de même 9 €  ne vous propose qu'un morceau de camembert et de la tête de moine émincée. De qualité certes, mais on reste un peu sur sa faim. Finalement la cuisine est à l'image du lieu, soignée mais figée. Nous avons quand même passé une bonne soirée, aidés par les coupes de champagne, les deux bouteilles de vin (honte à moi, j'ai totalement oublié de les noter) et les digestifs (une prune remarquable) qui ont tout de même fait grimper l'addition aux alentours de 75 € par tête... Je vous rassure, avec un menu midi à 23 € et en se surveillant un peu, on peut y manger pour beaucoup moins cher.
55 rue du Cherche-Midi, Paris VI, M° Sèvres-Babylone, 01 45 48 86 79. Site

- L'Auberge Aveyronnaise. Un samedi soir à Paris, en totale impro, trouver un lieu pour manger entre le Marais et Châtelet, un endroit accueillant où l'on ne va pas nous assommer pour manger de la merde. Pas si simple... C'est comme ça qu'on se retrouve à l'Auberge Aveyronnaise, près du Forum des Halles, entre le Pied de Cochon pris d'assaut et la Taverne de Maître Kanter. Le patron, sympathique, nous dégotte une table vite fait, on s'installe sur la banquette, les coudes posés sur la nappe à carreaux. La bouteille de Chinon nous fait du bien. Passons sur les entrées, anecdotiques : salade du Rouergue et rillettes de truite. En plat, une belle saucisse à l'aligot, généreuse, l'aligot servi comme il se doit à la grande louche... Il faut avoir un solide appétit. Pour ma part, un suprême de pigeon sauce au foie gras, servi sur petits légumes. Un plat qui a du caractère, à défaut d'avoir du génie. En dessert, on partage (à quatre !) un morceau de l'énorme mille-feuilles qui trône à l'entrée du bistrot tel une promesse de revenez-y. Malgré le gigantisme de la portion, le gâteau, lui, n'a rien d'impérissable. On s'en sort pour une quarantaine d'euros à deux... Bref, une adresse de dépannage, avec un bon accueil, mais certainement pas un immanquable.
Rue coquillière, Paris I, M° Halles.

- Le Petit Lutetia. Cela pourrait devenir une habitude : nous voici rue de Sèvres, un samedi à la mi-journée, saisis par le froid, malmenés par la faim. Nous repassons devant le Petit Lutetia, cette brasserie déjà visitée en soirée, il y a deux ou trois mois, et qui nous avait laissé une impression mitigée, malgré le charme du lieu (déco Art Nouveau). Nous nous engouffrons. Vingt minutes d'attente, nous buvons un petit verre de muscadet au comptoir, les habitués du quartier finissent leur repas, on est bien dans cette ambiance bruyante et bouillonnante tellement 1900. C'est l'heure de passer à table. Je prends six belles huîtres de Bretagne, des N°2, charnues et iodées à souhait, pendant que Mrs Kaplan se régale d'une belle salade au chèvre chaud pétillante de simplicité et de fraîcheur. Pour rester sur le vin blanc nous partageons un Sancerre, avant de nous attaquer avec gourmandise à un demi-faisan rôti sur lit de choux : un vrai plat de saison, du gibier et du chou, c'est tout simplement magnifique. Le pain est bon, le vin se déguste sans soif, le service est aimable, le temps s'arrête dans ce lieu au charme suranné. L'addition ? 46 € par tête. Un peu cher : on paie le décor, on paie le quartier, mais on s'offre aussi un authentique instant de délice. On y reviendra. Souvent.
107 rue de Sèvres, Paris VI, M° Vaneau, 01 45 48 33 53.

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par Kaplan publié dans : Le resto
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Mercredi 28 novembre 2007
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La semaine dernière, c'était l'anniversaire de Mrs Kaplan, et en cette grande occasion, j'ai décidé de l'emmener dans un bon restaurant, histoire de s'armer de courage pour affronter la rigueur des ans en s'octroyant un gueuleton digne de ce nom. Pas un resto romantique, ambiance violons, chandelles, canard en sauce et banane flambée - c'est pas vraiment le genre de la maison - mais plutôt un bistrot plein de charme et de chaleur, histoire de revenir aux principes fondamentaux d'une vie (à deux ou à plusieurs) réussie : le partage, la convivialité, le plaisir, tout simplement. Après un temps de réflexion, mon choix s'est porté sur Le Cristal de Sel, une adresse ouverte l'été dernier et qui fait partie des "bonnes surprises parisiennes" de la rentrée culinaire, dixit François Simon, L'Express, Petitrenaud, Thierry Richard et l'ensemble de la blogosphère.

Le Cristal de Sel, c'est donc un néo-bistrot planqué dans une rue assoupie du XVème, qui est lui-même un arrondissement très assoupi mais qui semble avoir décidé de réveiller les casseroles depuis plusieurs mois. A deux pas de la Rue du Commerce, l'établissement propose sa trentaine de couverts et sa déco épurée, et surtout sa carte malicieuse établie par un jeune chef formé au Bristol. Ce soir-là c'était la fête, on s'est donc "laché" : entrée, plat et dessert, ma bonne dame - au diable l'avarice et les poignées d'amour.

En entrée donc, des Saint-Jacques rôties pour Mrs. Parfaitement préparées et juste réhaussées par une petite merveille de sauce au cidre. Pour votre serviteur, l'un des "coups de coeur maison", des sardines Ramon Pena servies dans leur boîte et accompagnées d'un beurre aux algues Bordier. Alors bon, savoureuses les sardines, pas du genre de celles qu'on achète au Leader Price ; quant au beurre, une saveur nouvelle et inatttendue. Mais bien que certains m'aient soufflé depuis que les sardines sont millésimées comme les vins et qu'en quelque sorte la sardine en boîte est un plaisir presque snob, je trouve que 11 € ça fait cher l'entrée.

En guise de plat, nous avons tous les deux opté pour un filet de bar rôti accompagné d'encornets, de petits artichauts et d'un jus d'encre. Et là, banco : fraîcheur extrême du poisson (on avait l'impression d'entendre les mouettes) cuit avec une précision de sniper, bonheur des petits artichauts et des encornets, malice de la sauce mariant à merveille l'encre de seiche et le jus de citron. Du bonheur... On fait traîner, on pose sa fourchette, on en reprend une toute petite bouchée, on a envie que ce plat n'en finisse jamais. 

Mais il se finit, et pour calmer sa tristesse on doit bien commander un dessert. On opte à nouveau pour un "coup de coeur maison", une aumonière de crèpe aux pommes tièdes et au caramel salé. Un gentil petit dessert, réconfortant, simple, un peu trop humble pour laisser des traces indélébiles. Mais une bonne façon de conclure avant de se retirer, légèrement gris à cause du (grâce au) splendide Saint-Peray blanc, vin d'Ardèche aux arômes de fleurs et de miel : un nectar. On prend congé du personnel, charmant et avenant, on salue le chef, qui s'excuse presque de passer la tête hors de sa cuisine. Et on repart dans la rue, satisfait de sa soirée, délesté d'un nombre significatif d'euros (je suis un gentleman, je ne dirai pas combien) mais heureux. Le temps n'a pas de prise sur ces plaisirs-là.

13 rue Mademoiselle, Paris XV, M° Commerce, 01 42 50 35 29.

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par Kaplan publié dans : Le resto
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